L’avenir de la banane sera-t-il figé à partir du 1er janvier 2007 ?

Pour compenser les pertes de revenus que vont subir les producteurs européens de bananes, essentiellement situés aux Antilles, aux Acores et aux Canaries, la Commission Européenne a modifié le mode de rémunération des planteurs de bananes européens.
Désormais, ces derniers rentrent dans le mécanisme POSEI, dont il est proposé d’augmenter de 278,8 millions d’euros la dotation budgétaire afin que la totalité de l’aide communautaire aux producteurs de bananes soit intégrée dans ces programmes à compter du 1er janvier 2007. Rappellons que les producteurs de bananes demandaient de leur côté plus de 300 millions d’euros.
Cette solution, si elle est plus simple à mettre en oeuvre et permet à chaque Etat de définir lui-même les critères de répartition de ces aides, a l’inconvénient majeur de figer la situation à l’état actuel. Ainsi, si un jour le droit de douane versé par les producteurs hors Europe vient à baisser (aujourd’hui 176 € la tonne), les productions européennes seront moins compétitives et donc pénalisées, sans pour autant que la dotation globale de l’Europe pour soutenir ses planteurs soit augmentée d’un iota. Il est donc important de définir des clauses de révision de cette dotation, notamment dès que le montant du droit de douane viendra à être modifié.
Par ailleurs, on voit bien qu’il est urgent désormais pour les producteurs guadeloupéens de trouver d’autres débouchés que la seule Europe, où ils seront concurrencés de plus en plus et par l’ouverture de la concurrence, et par la hausse des prix du transport, qui favorisera davantage les fruits produits localement (pommes, poires, etc…) au détriment de la part de marché globale de la banane.
L’avenir des planteurs des Antilles françaises réside donc plutôt dans différentes voies :
– accroître la demande locale pour la banane dessert. Une prise en compte de l’importance de ce marché par les producteurs et les distributeurs au niveau local, ainsi qu’un recentrage (pour les mêmes raisons de coût de transport) vers la consommation de fruits locaux devraient jouer dans ce sens.
– une différenciation de l’offre, déjà bien engagée, vers une banane "caribéenne", produite sans pesticides, dans des conditions respectueuses de l’environnement et des salariés.
– l’intégration de cette production comme élément culturel de la Guadeloupe et de la Martinique. Favoriser la visite de plantations parmi les touristes métropolitains et européens permettrait de "faire passer le message" et de les inciter à favoriser les bananes européennes lorsqu’ils feront leurs courses.
– développer les filières de valorisation agroalimentaire de la banane : bananes séchées apéritives, jus, arômes, etc… pour produire des produits à plus forte valeur ajoutée, plus faciles à conserver et à commercialiser.
Globalement, la filière banane aux Antilles n’est pas morte, au contraire, en dépit de la détérioration des conditions de marché en Europe, et en dépit de la mauvaise image que fait peser la pollution au chlordécone sur la production bananière.