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Retraites : arrêtons de nous faire peur !

Voici un bilet publié par Corinne Lepage qui relativise l’importance de la question des retraites.

 

Oui la réforme des retraites doit être abordée, mais à sa juste mesure, à son juste rythme, et elle n’est sans doute pas la priorité dans le contexte économique actuel. Ce qui laisse le
temps d’en débattre et d’envisager de prendre des mesures dans un contexte plus favorable.

 

http://corinnelepage.hautetfort.com/archive/2010/05/19/la-question-des-retraites-est-bien-sur-essentielle-sur-le-pl.html

 

La question des retraites est bien sûr essentielle sur le plan économique, social, politique et symbolique. Mais tout d’abord, soulignons le poids des arrière-pensées et des
non-dits.

 

La question numéro 1 n’est pas celle de la durée de cotisation théorique mais de la durée réelle, c’est-à-dire du chômage des jeunes et des seniors qui rend très difficile l’acquisition du nombre
de trimestres nécessaires. Tout le monde le sait mais pointe le contenu de l’absence de réponse à la question, il est plus simple de se focaliser sur l’âge du départ à la retraite.

 

De même, quelles sont les arrière-pensées sur la place des systèmes de capitalisation au regard du système par répartition auquel nous sommes si attachés, mais dont nous savons tous qu’il est
visé par le monde de l’assurance. Certaines prises de position sont du billard à 35 bandes…

 

De plus, on fait dire aux chiffres ce que l’on veut. Le document du COR sur les retraites conduit à se focaliser sur les 70 à 130 M€ à financer en 2050 selon le scénario retenu. Or une telle
somme est à relativiser car elle est calculée en € courants.

 

Si, de manière différente, l’unité de mesure est le point de PIB, le système est en déficit en 2008 de 0,6 point PIB, le déficit estimé est de 1,7 points à 3 points PIB selon les scénarios en
2050, soit 1 point à 2,4 points de plus qu’aujourd’hui.

 

Il est incontestable qu’un effort est à fournir d’autant plus que nos voisins s’engagent dans cette voie. Mais pas au niveau abyssal qui nous est présenté pour faire passer des mesures
impopulaires, soit 70 Milliards d’€ aujourd’hui représentent quelques chose comme 3,5 points de PIB, ce qui est en effet impressionnant. Sans parler des 130 Md€ !

 

Mais si on retient les 10 Milliards d’€ de déficit en 2008, et qu’on les rapporte aux 261 Milliards d’€ de pensions versées, le déficit n’est aujourd’hui « que » de 4% des pensions, ce qui n’est
pas insurmontable, et peut être réduit à zéro par un changement des taux de cotisation ou de versement des pensions.

 

Dans l’hypothèse même où le déficit serait de 3 points et non de 0,6 point (comme dans le pire des scénarii 2050) cela représenterait donc 20% des pensions. Le besoin de financement sera évident,
mais nous avons 40 ans pour progressivement nous adapter, au fur et à mesure du temps, et en tenant compte de la réalité démographique et sociale (situation du travail).

 

Quelles conséquences tirer de cette réalité ?

  • – la situation ne justifie en rien qu’il soit touché au régime de répartition
  • – le déficit budgétaire est infiniment plus grave
  • – le système de retraite actuel constitue un bon filet de protection en cas de crise (cf système américain), et aussi de stabilisateur économique
  • – si, à l’évidence, des mesures doivent être prises, elles ne doivent pas être nécessairement radicales mais avant tout justes (par ex alignement de la durée de cotisation et des conditions
    de versement des retraites entre public et privé)
  • – des alternatives sur les modes de financement peuvent être abordées : TVA notamment ou CSG, ce qui ferait peser le financement sur la consommation et l’épargne, donc l’usage des revenus, et
    non pas sur les coûts de production
  • – enfin, ce sujet doit être traité par la recherche de consensus et en visant à éviter que de part ou d’autres, les arrières pensées et la prise de mesures aient des objectifs réels tout
    autres


Sans doute est ce là le point le plus délicat…