Qu’attend la Polynésie française ?
Si, depuis quelques années, l’image extérieure de la Polynésie française s’est un peu bonifiée grâce aux efforts considérables pour transformer Papeete, cité portuaire jusqu’alors réputée polluée et peu sûre, en ville dynamique, élégante et fleurie, si la France commence enfin à reconnaître les effets des essais nucléaires, l’essentiel est dramatiquement négligé.
Le gouvernement d’Oscar Temaru s’est toujours proclamé porteur d’un projet écologique; mais hormis un beau site web gouvernemental, qu’a- t-il été vraiment fait durant ces dix-huit mois de participation des Verts Polynésiens aux décisions du pays?
Nous attendons toujours ces mesures urgentes dont le défaut conduira à des catastrophes sanitaires certainement plus coûteuses à tous points de vue: ainsi le scandale des produits chimiques, pesticides et produits industriels qui empoisonnent les sols, le lagon et, à son insu, la population, faute de contrôle réel… et dont la nocivité, de plus en plus clairement démontrée par les scientifiques ("Science et vie" de février 2007) ne semble pas inquiéter outre mesure nos politiques.
Ce sera selon Corinne Lepage, fondatrice et présidente de cap21, "le prochain scandale du sang contaminé".
Et qu’en est-il des problèmes de gestion des déchets, de l’urbanisation mal maîtrisée, des problèmes de santé particuliers auxquels est confrontée la population: diabète, obésité… tandis par exemple que l’on laisse entrer sur le territoire ou fabriquer des sodas à très forte teneur en sucre? De courageuses associations luttent sur le terrain, mais n’est-il pas temps d’agir à la source? De surtaxer ce qui est nocif, par exemple, et d’aider financièrement et logistiquement ce qui est bénéfique, comme les produits biologiques, presque absents du Territoire en ce qui concerne les produits frais? De promouvoir vraiment enfin l’agriculture bio?
Cap21 milite pour une Polynésie harmonieuse, écologique et respectueuse de ses citoyens. Mais aucun changement en profondeur des pratiques ou des mentalités ne pourra s’accomplir sans une volonté gouvernementale profonde, une prise de conscience de l’urgence des enjeux écologiques suivie de mesures politiques importantes, adaptés à nos milieux insulaires si fragiles.
Nous n’avons plus le temps de laisser les projets "dans les cartons", comme le déplorait lui-même Jacky Briant, lors de son annonce de soutien de "Heiura, les Verts polynésiens" à la candidature pour les présidentielles de Dominique Voynet.
Anne Huetz, responsable cap21 pour la Polynésie Française