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Plan de relance Sarkozy : une chance historique manquée

Tribune de Corinne Lepage, parue dans La Tribune le 16 décembre 2008.

Le plan de relance de Nicolas Sarkozy a très peu de points communs avec celui annoncé par le président américain Barack Obama. Le président français n’a pas compris la nécessité de préparer
l’économie post-pétrolière en investissant dans la reconversion écologique. En favorisant les anciennes industries, ce plan de relance ne produira que des effets modestes et de très court terme,
estime Corinne Lepage, ancien ministre, présidente de CAP 21, vice-présidente du Modem.

Le plan de relance annoncé par le président Sarkozy apparaît comme une chance historique gâchée. Tout d’abord, comme de nombreux commentaires l’ont souligné, il ne s’agit pas d’un plan de 26
milliards d’euros nouveaux, mais de 4 milliards, les autres dépenses étant déjà programmées ou dues en toute hypothèse. Surtout, ce plan reste marqué par une conception très court-termiste et sans
vision d’ensemble. Il contraste avec le plan annoncé par le futur président Obama qui est porteur d’un projet global : la mise sur orbite de l’économie post-pétrolière.

Le plan Sarkozy ne s’attaque pas au fond du problème. La prime de 1.000 euros à la casse en est une parfaite illustration. En effet, cette prime payée pour l’acquisition d’une voiture émettant
moins de 160 g de CO2/km va sans doute permettre de vider les stocks, mais ne va en rien permettre la reconversion écologique de ce secteur industriel. Dès lors, comme l’a déjà annoncé Carlos
Ghosn, cette prime permettra de moins licencier mais ne sauvera pas les emplois d’aujourd’hui et encore moins ceux de demain.

Or c’est de cela dont il s’agit. Traiter le volet social de la crise économique tout en fléchant la relance vers un « new deal » vert. Le doute que tel soit l’orientation choisie est d’autant plus
permis que, si la croissance verte a fait couler beaucoup d’encre et a donné lieu à de belles envolées lyriques, les faits ont la vie dure, et la réalité des décisions concrètes est sans rapport
avec cet objectif pourtant indispensable. Une impression de confusion et de contradiction est indéniable. Où est la logique entre la relance autoroutière et l’encouragement à l’achat de véhicules
sans bonus, alors que les Français réduisent l’usage de la voiture et y sont incités sur un plan général ? L’OIT voit dans le développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique
une source d’investissement et d’emplois verts. Mais rien n’est prévu dans le plan de relance à ce sujet, et les sénateurs suppriment l’obligation de sobriété énergétique pour bénéficier des prêts
à taux zéro.

Plus grave encore, la violence des attaques lancées par le lobby nucléaire contre le développement de l’éolien, accusé de tous les maux, aboutit à créer en France la législation la plus ubuesque du
monde pour installer des éoliennes. Sans doute, l’éolien présente des inconvénients, mais toutes les énergies en ont, à commencer par le nucléaire qui est antinomique avec un développement
soutenable pour la double raison qu’il utilise des matières premières non renouvelables et qu’il lègue aux générations futures des déchets d’une dangerosité sans comparaison possible. Mais comment
prétendre encourager l’éolien, quand en réalité on multiplie les obstacles à son installation ?

Quant au solaire apparemment favorisé, il ne l’est que dans la mesure où il n’apparaît pas menaçant pour le nucléaire. Car la maturité de la technologie est moindre pour produire de grande quantité
d’énergie, ce qui n’est pas le cas de l’éolien. En revanche, pour ce qui est mâture, comme le photovoltaïque, le changement du prix de rachat de l’électricité pour le tertiaire anéantit, comme par
hasard, la rentabilité des projets en cours.

Enfin, la volonté de la majorité de favoriser le chauffage électrique d’origine nucléaire dans les habitations s’inscrit aussi en faux avec l’essor des bâtiments à basse consommation, a fortiori à
énergie passive ou positive. En définitive, tout se passe comme si le choix avait été fait non pas de pousser l’industrie verte, mais au contraire de continuer à soutenir les industries à bout de
souffle ou condamnées du XXe siècle, au lieu d’encourager leur reconversion et de soutenir les nouvelles technologies.

Or le plan de relance, bien loin de tracer une voie nouvelle, ne fait qu’ajouter de la confusion en distillant l’effort. Cette orientation condamne à moyen terme notre population à un chômage
croissant même après la reprise mondiale qui viendra, parce que nous n’aurons pas une offre correspondant à la demande mondiale. Faute d’avoir compris qu’il fallait investir dans la reconversion
écologique, le plan de relance et la politique effectivement suivie ne produiront que des effets modestes et de très court terme. On aurait attendu des investissements massifs dans les nouveaux
modes de transport, en particulier les centrales de mobilité et l’autopartage, l’habitat économe et l’efficacité énergétique à tous les niveaux, permettant à une économie nouvelle de se
développer.

Une telle politique aurait nécessité un fléchage des crédits sur les écotechnologies, une politique de formation des personnels pour s’adapter aux nouveaux métiers, un effort massif en termes de
recherche-développement et une aide à la reconversion. Le Grenelle de l’environnement avait là une chance de se concrétiser. Il l’a perdue au moment même où la réduction de la taxe générale sur les
activités polluantes (TGAP) rend très aléatoire le financement des mesures annoncées.

En faisant un choix contraire qui satisfait les grands lobbys en place, nous pérennisons un rapport de forces au sein du monde économique qui rend quasi impossible la croissance des entreprises
représentant les nouveaux secteurs, a fortiori leur capacité à peser en faveur d’une accélération du changement.

En effet, tant que le nombre de personnes employées dans les secteurs anciens sera infiniment supérieur à celui des personnes employées dans les nouvelles technologies de l’environnement, les choix
se feront en faveur du passé et non du futur. Le serpent se mord la queue ! Au lieu d’utiliser la crise actuelle pour changer de braquet, nous maintenons le cap ancien. Nous étions déjà en grande
difficulté du fait de l’inadaptation de notre offre. Nous perdons une chance historique d’utiliser l’opportunité de la relance pour doper l’industrie française du XXIème siècle.

Corinne Lepage, ancien ministre, présidente de CAP 21, vice-présidente du Modem

2 réflexions sur “Plan de relance Sarkozy : une chance historique manquée

  • Durand Didier

    Comme souvent avec Corinne,une vision judicieuse…quel perte de temps !

  • RENE CORAIL

    Je suis entièrement d’accord avec Madame LEPAGE  dont la perception traduit mon sentiment. La recherche de l’intérêt pécunier au détriment du mieux être des Français et de l’environnement est bien manifeste.

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