L’Outre-Mer et le Congrès de Versailles
Ce vote à l’arrachée à Versailles cet après-midi montre s’il en était besoin que cette modification constitutionnelle n’était pas prioritaire, ni même fondamentale. Si tel avait été le cas, les
socialistes l’auraient sans doute voté aussi.
Du coup, d’un vote sur le fond, dans l’intérêt général, le scrutin de Versailles est devenu un vote politique : volonté de montrer qu’on avance pour les uns, et aussi de masquer
les piètres résultats sur les autres réformes et le pouvoir d’achat, volonté de se remettre à flot pour les autres, en infligeant une défaite à Nicolas Sarkozy, ce qui aurait été idéal pour
ressouder les troupes à quelques mois du congrès de Reims.
Vote politique mais aussi politicien de bas étage : nombreux ont été, y compris au sein de l’UMP, à dénoncer les pressions exercées sur les parlementaires pour influencer leur
vote, étonnante a été la proposition de dernière minute de Nicolas Sarkozy de revoir à la baisse le nombre de parlementaires nécessaires pour constituer un groupe, ou ses déclarations concernant
l’instauration éventuelle d’une dose(tte) de proportionnelle, pitoyable a été la négociation avec les radicaux de gauche de Jean-Michel Baylet pour faire basculer le scrutin dans le bon sens…
Au final, parmi les élus d’Outre-Mer, on notera le vote négatif d’Abdoulatifou Aly (UC), le vote négatif de Christiane Taubira alors que le PRG a voté massivement pour (comme Annick Girardin à St
Pierre et Miquelon), le vote positif d’Albert Likuvalu, alors que tous les autres élus PS d’Outre-Mer ont voté comme un seul homme, le vote positif aussi de Daniel Marsin, qui brouille un peu plus
les cartes sur son positionnement, et ceux de Jeanny Marc (Guadeloupe) et Chantal Berthelot (Guyane).
Sur le fond, les deux mesures principales de cette révision qui concernent directement l’Outre-Mer est la reconnaissance de la valeur culturelle des langues régionales : les
langues régionale appartiennent au patrimoine de la France, la modification de l’article 24 sur la constitution du parlement, qui en fixant à 577 le nombre de sénateurs, prive
les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy d’une représentation à l’assemblée nationale et prive aussi les autres départements (Guadeloupe, Martinique et Réunion) de la possibilité d’obtenir un
député supplémentaire lorsque l’évolution démographique (supérieure à la moyenne nationale) le justifiera.
Enfin, la révision de la constitution entérine également la reconnaissance de Saint-Martin et Saint-Barthélemy comme Collectivités d’Outre-Mer, modification qui était inscrite à l’ordre du jour de
la première révision constitutionnelle.