Incinérateur : un sujet qui fâche
D’après le dossier du site clicanoo du 30 août 2006, le ministre de l’Outre-mer pourrait annoncer une augmentation de la contribution de l’État dans le financement du projet d’incinérateur à La Réunion. François Baroin va devoir aussi convaincre la Région, le Département, et les mairies directement concernées, du caractère capital du projet et dire que son implantation est un enjeu de société.
Essayons de voir un peu quels sont les enjeux de cet incinérateur à La Réunion :
1 / le volume de déchets à traiter à la Réunion
420 000 tonnes de déchets à traiter par an, soit 500 kilos par personne !
Aujourd’hui, tout ou presque est mis dans deux décharges : celle de la Rivière Saint-Etienne, qui arrive à saturation en 2008 et reçoit aujourd’hui 250 000 t de déchets par an alors qu’elle ne devrait collecter que les déchets ultimes, et celle de Sainte-Suzanne, qui sera saturée en 2011.
Le recyclage ne concerne que 4,2% du volume total.
La zone qui concerne le futur potentiel incinérateur de Pierrefonds ne représente que les régions seules Sud et Ouest, et un volume de 232 000 tonnes de déchets prévues à l’horizon 2030.
La gestion des déchets (ramasage et stockage) est comme dans les autres DOM, d’autant plus importante qu’une mauvaise gestion risque d’accentuer les risques sanitaires de développement du moustique responsable de la transmission du Chikungunya.
2 / les démarches passées et actuelles concernant l’implantation d’un incinérateur et les acteurs du projet
En 1996, en 2002, 2004 et 2005, le conseil général a programmé la réalisation de incinérateurs, un dans le Nord-Est, l’autre dans le Sud-Est, projets qui n’ont jusqu’à maintenant pas abouti, notamment pour des raisons financières, les collectivités concernées espérant une plus forte participation de l’Etat. Or aujourd’hui que le réunionnais est presque mis au pied du mur, que la crise du Chikungunya est passée par là, l’Etat est plus disposé à participer, mais les réticences envers l’incinérateur sont plus vives.
Un "maître d’ouvrage des incinérateurs" existe, la CIVIS, présidée par le Maire de Saint-Pierre . Elle a étudié la mise en place d’un incinérateur destiné à accueillir les déchets du Sud et de l’Ouest de l’Île. A également été constitué un comité de pilotage qui associe deux autres entités concernées par l’incinérateur, l’une dans l’Ouest présidée par le maire de Saint-Paul, Alain Bénard et l’autre dans le Sud, dirigée par le maire du Tampon, Didier Robert, plutôt hostile au projet.
Un syndicat mixte, ayant vocation à gérer l’installation du projet et sa gestion, a été créé fin avril 2006.
Enfin, l’incinérateur potentiel dispose d’un terrain pour l’accueillir, qui se trouve à Pierrefonds, à côté de l’actuel centre de stockage des déchets ultimes.
Les caractéristiques techniques du futur incinérateur de Pierrefonds : capacité de traitement de 232 000 tonnes, dont 150 000 par incinération après une première méthanisation des déchets.
3 / les forces politiques en présence et leur position :
Le PCR, qui tient la Région Réunion, mène une campagne contre son implantation dans le Sud de l’île. Il est contre l’incinérateur, alors même qu’il n’avait rien dit lorsqu’il avait voté le Plan Départemental d’Elimination des Déchets Ménagers et Assimilés, qui mentionnait explicitement le recours à l’incinération.
le PCR est aussi à l’origine de l’Association citoyenne contre l’incinération des ordures ménagères (Accidom), en théorie indépendante de toute influence politique, dont le porte-parole est Jean-Pierre Marchau.
A droite :
– le maire de Saint-Pierre et président de la CIVIS, Michel Fontaine (droite), sensible aux arguments du PCR, est de moins en moins favorable à recevoir l’incinérateur.
– la présidente du Conseil Général commencerait également à douter de l’intérêt de l’investissement.
– le maire de Saint-Paul, Cyrille Hamilcaro, est favorable à l’incinérateur.
– le Maire du Tampon reste réservé sur le bien-fondé de cette solution et demande à ce qu’une étude approfondie soit réalisée pour mieux mesurer les avantages et inconvénients de cette solution.
Certes on est au pied du mur sur le plan de la gestion des déchets, mais encore faut-il faire le bon choix, et pour cela prendre le temps d’avoir tous les éléments en main pour décider quelle est la meilleure solution pour le citoyen !
A l’heure où le ministère de l’écologie lui-même fixe des objectifs de réduction de la part des déchets mis en décharge ou incinérés, il semble en effet étonnant que le ministère de l’Outre-Mer plaide en faveur de cette solution, coûteuse à mettre en place et ensuite à faire fonctionner.