Grève en Guadeloupe : Cap21 et le Modem pour des mesures durables
Voici le communiqué de presse diffusé le mardi 27 janvier et cosigné par Cap21 et le Modem Guadeloupe :
LE MODEM POUR DES MESURES DURABLES
Le Modem Guadeloupe se félicite que depuis hier, les membres du collectif Liyannaj Kont
Pwofitazion, les partenaires sociaux, les élus locaux et les représentants de l’Etat sont parvenus à se mettre autour de la table, à se mettre d’accord sur une méthode de négociation et ont
entamé le dialogue sur le premier point de la plateforme de revendications du collectif : la hausse de salaire de 200 € net mensuel pour tous.
L’ampleur de la mobilisation citoyenne et le caractère très général des revendications portées
par le collectif, montrent que cette mobilisation dépasse les simples revendications catégorielles. Cette grève reflète le désarroi des guadeloupéens, qui n’ont trouvé d’autres voies pour
exprimer leur difficulté à trouver un emploi, à boucler leurs fins de mois, et plus généralement un sens à donner à l’action collective. C’est pourquoi nous sommes solidaires de ce
mouvement.
L’ampleur du mouvement en cours traduit aussi la faillite des responsables politiques,
nationaux et locaux, dont le rôle est bel et bien d’être à l’écoute des attentes de leurs concitoyens, de les aider dans leur vie quotidienne, et surtout de proposer un objectif de vivre-ensemble
qui donne un chacun un sens à sa place dans la société, et une motivation à agir pour le bien commun.
Le comportement de certains élus lors des négociations d’hier ne fait que confirmer l’incompréhension qui règne entre les élus et la population.
Les Guadeloupéens ont montré leur forte capacité de mobilisation. Ils ont aussi montré leur
volonté de débattre des problèmes de fonds. Il est temps de profiter de cette dynamique pour dessiner l’avenir de notre pays, et c’est en quoi le Modem Guadeloupe propose d’agir dans
certains domaines abordés dans la plate-forme du collectif : le pouvoir d’achat, les transports en commun, l’éducation, l’agriculture.
Pour un gain de pouvoir d’achat qui soit durable
Le collectif propose une hausse de 200 euros nets mensuels pour tous.
Cette revendication d’une hausse des revenus est légitime. Néanmoins, l’ampleur du geste demandé est conséquente, et risque de pénaliser très fortement les petites et moyennes entreprises
guadeloupéennes.
Si l’on n’y prend garde, la hausse des salaires -donc des coûts de production- sera répercutée intégralement dans les prix de vente. Et alors le gain global en terme de pouvoir d’achat sera nul,
voire négatif pour les non salariés. Dans le même temps, cela favorisera la consommation de produits importés au détriment de la production locale, ce qui n’est pas le but recherché.
Le gain de pouvoir d’achat doit donc se faire prioritairement par une baisse des charges (et en cela nous soutenons la possibilité de diminuer la TVA et l’octroi de mer), par une meilleure
transparence des coûts de production/distribution des principaux secteurs de l’économie, et par une action concertée des consommateurs, dont le pouvoir d’action est jusqu’à présent
sous-estimé.
Par ailleurs, concernant le point particullier des carburants, il convient de noter que les collectivités locales sont les seuls acteurs qui peuvent aujourd’hui faire un geste pour diminuer les
prix à la pompe de manière importante.
Toutes ces mesures sont intéressantes à court terme mais ne doivent pas occulter que nous
devons faire des efforts pour modifier structurellement notre structure de production, et notamment notre dépendance au pétrole.
Le meilleur moyen de garantir un pouvoir d’achat correct sur le long terme est de réduire la part des importations au profit de la production locale, de diminuer la consommation pétrolière pour
les déplacements intérieurs et pour la production électrique.
Redynamiser le commerce de proximité, et réduire les trajets individuels automobiles domicile / travail doivent être deux priorités à mettre en oeuvre.
Concrètement, le Modem Guadeloupe propose de tester la mise en place d’une « prime de proximité », qui serait versée en complément de salaire à toute personne travaillant à moins
de 10 kms de son domicile. Une telle mesure jouerait à court terme sur le pouvoir d’achat et à plus long terme sur la structure géographique des emplois.
Pour des transports en commun plus abordables
Pour diminuer la consommation de carburant tout en permettant à chacun de se déplacer
librement, il est nécessaire d’améliorer l’offre de transports en commun : augmenter la fréquence de passage et diminuant le prix des billets.
En cela, nous souhaitons que les collectivités locales participent au financement du coût de fonctionnement des transports en commun de Guadeloupe, comme le font la plupart des
collectivités locales françaises. On gagnerait même, comme d’autres l’ont fait, à instaurer la gratuité des transports en commun, au moins dans les zones
urbaines.
Pour une éducation qui valorise l’enseignant et l’élève
Aujourd’hui les réformes engagées par Xavier Darcos remettent en cause, pour de simples raisons
budgétaires, nombre de modes de fonctionnement qui ont fait leurs preuves : suppression des petites et moyennes sections de maternelle, suppression de l’IUFM au profit d’un master non
professionnalisant, suppression des RASED, compétition entre recherche et enseignement,…
Tout cela conduit au découragement des enseignants, et à l’incompréhension des élèves et étudiants. Ce n’est pas pour rien s’ils sont dans la rue.
Le Modem Guadeloupe propose de ne pas détruire l’existant, mais de l’améliorer.
Et en plus de ces points qui agitent les enseignants au niveau national, on propose :
– que l’enseignement du créole soit inscrit au bulletin officiel, en langue et culture régionale, dès la rentrée 2009.
– que l’on préserve sur place les piliers de la formation, de base et continue, car la Métropole est loin
– que l’on définisse un calendrier des échéances pour mettre le bâti aux normes sismiques, et ce au nom du droit de savoir quels risquent encourrent les élèves
Pour une agriculture qui valorise les productions locales
L’agriculture biologique et vivrière sont l’avenir de l’agriculture guadeloupéenne.
Moindre dépendance aux intrants et aux produits pétroliers, plus fort contenu en main d’oeuvre, meilleur respect de l’environnement,… tout plaide pour le développement d’une agriculture locale
de qualité.
Le Modem Guadeloupe propose ainsi :
– que l’accompagnement à la structuration des filières agricoles soit accru
– que les filières de distribution des produits locaux, notamment des filières courtes, soient davantage développées, avec la garantie de transparence sur la qualité et sur la non pollution par
les pesticides.
– que les collectivités locales incitent les différents acteurs à créer des entreprises de transformation de ces produits bruts en produits plus élaborés, correspondant à des modes de
consommation actuels, et qui pourront alors entrer en remplacement de produits importés.
– que les collectivités locales proposent plus régulièrement des produits issus de l’agriculture biologique
– que les consommateurs retrouvent le plaisir de consommer des produits locaux
Des filières locales rentables et pérènnes ne peuvent pas se développer sans une demande conséquente et durable. L’intervention des partenaires sociaux, de l’Etat, des associations de
consommateurs est nécessaire pour « donner le coup de pouce » qui permettra à ces filières d’émerger et de durer, mais c’est à chacun de nous aussi d’agir au quotidien, en tant que
consomm’acteur.
Voici les principaux engagements sur lesquels le Modem Guadeloupe aimerait que les parties
prenantes aux négociations s’engagent, pour ne pas que cette grève, douloureuse pour beaucoup, se traduise par un coup d’épée dans l’eau.
Modem Guadeloupe / Cap21