Epandages aériens en Guadeloupe : l’Etat fait fi de la santé des citoyens
En autorisant la reprise des épandages aériens sur les bananeraies, dans des conditions sanitaires à peine améliorées par rapport aux précédents arrêtés, annulés déjà à deux reprises par la justice administrative, les autorités de l’Etat en Guadeloupe confirment qu’elles ne veulent pas tenir compte des risques sanitaires liés à ces traitements, ni des décisions de la justice.
Quand on mesure aujourd’hui les conséquences sanitaires et environnementales de la pollution au chlordécone (pas plus tard que cette semaine les interdictions de pêche à la langouste et aux burgos ont été étendues) on ne peut que s’étonner que l’Etat n’ait pas tiré toutes les leçons de l’application du principe de prévention. Je dis bien prévention et non précaution, car les risques sont identifiés et quantifiables et non pas seulement supposés, ou nécessitant d’être évalués.
Dorénavant, pour les associations de protection de l’environnement -et en l’occurrence plutôt de la santé des Guadeloupéens- quelles sont leurs marges de manoeuvre pour réagir ? Retourner en justice une troisième fois ? Pour aboutir au mieux à l’annulation de cet arrêté et la signature d’un quatrième ? L’Etat parie-t-il sur l’usure de ces opposants confrontés à une version moderne du mythe de Sisyphe ?
Si tel est le cas, son calcul me paraît erroné : il est fort probable au contraire que l’attitude de l’Etat ne conduise à renforcer la détermination des opposants aux épandages, à radicaliser leur position. Vu que la voie du dialogue a échoué, vu que la voie juridique a été contournée, il ne leur reste plus que la voie politique. A l’image des manifestations nationales de ces dernières semaines, je ne serais pas surpris outre mesure que ces « opposants » manifestent leur mécontentement, et même se décident à s’engager dans la bataille des prochaines municipales. A bien y réfléchir c’est tout le mal que je leur souhaite, car, plutôt que de dépenser leur énergie en pure perte devant les tribunaux, ça permettrait aux élus et aux pouvoirs publics de prendre en compte réellement ce problème sanitaire et plus généralement les problématiques écologiques.
On constate une fois de plus qu’en Guadeloupe, la transition écologique ne pourra pas se faire sans transition politique.