Cap21 émet des réserves lors de l’enquête publique sur le Parc National de Guyane
Participation de Cap21, parti politique présidé par Corinne Lepage,
à l’enquête publique concernant le projet de Parc National de Guyane.
Cap21 est sur le principe favorable à la création d’un Parc Naturel National en Guyane, dès lors que c’est un outil de protection de l’environnement, de la biodiversité de la forêt tropicale guyanaise et du mode de vie traditionnel des communautés autochtones.
Or, force est de constater que les atteintes portées à l’environnement seront bien réelles, que le Parc ne garantira ni une protection suffisante de la biodiversité, ni la préservation des modes de vie et de la liberté des populations amérindiennes :
– la zone retenue, dans le tiers Sud de la Guyane, ne concerne pas la zone la plus riche en termes de biodiversité, le Nord, également le plus soumis aux pressions du développement de l’urbanisme provenant du littoral.
– la zone retenue ne permet pas de garantir le respect du mode de vie traditionnel, aujourd’hui préservé par le décret de 1970, qui notamment soumet à autorisation préfectorale l’accès au Sud de la Guyane. Le nouveau statut risque de remettre en cause le droit de ces communautés d’utiliser les espaces traditionnels nécessaires à leur vie collective, et le droit foncier afférent.
– le projet de Parc prévoit une zone cœur, et une zone d’adhésion, dans lesquelles chaque commune définira dans le cadre d’une charte les activités autorisées ou non. Concrètement, le projet de Parc National revient à autoriser l’exploitation aurifère dans la zone d’adhésion, comme l’a affirmé le Président de la République lui-même. D’ailleurs, le fait que le ministre de l’industrie ait déjà accordé deux permis de recherche minière, l’un en zone d’adhésion, l’autre en zone cœur, témoignent de la difficulté future des collectivités locales à canaliser les volontés d’exploitation minière légale. Or, la majorité des populations amérindiennes souhaitent être préservées de l’activité minière, qui ont déjà causé de nombreux dégâts sur l’environnement et sur le plan sanitaire, qui affichent un taux de methylmercure anormalement élevé.
– le cœur de Parc évite soigneusement les zones les plus porteuses sur le plan aurifère. Le zonage ne permettra pas ainsi d’endiguer l’orpaillage clandestin dans les zones de libre-adhésion. Là encore, le souhait des populations locales amérindiennes est bel et bien de bâtir un développement durable, associant modernité et valeurs traditionnelles. La lutte contre l’orpaillage clandestin qu’elles souhaitent être plus forte sera tout aussi difficile que si la zone n’était pas réglementée, c’est-à-dire en l’absence de Parc.
– le Parc est présenté comme un moteur pour le développement du tourisme dans le Sud de la Guyane. Avant d’envisager cet objectif comme une certitude, il serait bon de mener une réflexion préalable sur ce que pourrait être le tourisme de demain, dans un contexte de coût du transport élevé lié à la hausse des prix du carburants, lié à l’éloignement de la zone du Parc, lié à l’évolution des goûts des futurs touriste ainsi que de leur nombre.
La création du Parc National de Guyane dans le Nord du département, englobant l’ensemble des zones actuellement protégées, aurait probablement permis le développement d’un tourisme plus pérenne et plus attractif sur le plan des activités liées à la nature, de par une biodiversité plus riche que dans le Sud.
Dans ces conditions, mieux vaut alors ne pas créer de Parc National et conserver le cadre légal actuel du décret de 1970 que de créer un Parc National factice.
Aussi, Cap21 demande à ce que :
– la zone cœur soit étendue, continue et que les pouvoirs publics y interdisent tout orpaillage et s’engagent à développer des moyens suffisants pour y lutter contre l’orpaillage illégal. L’Etat doit par ailleurs s’engager à ce que les communautés qui le souhaitent puissent inclure leurs zones de droit d’usage au sein même du cœur de Parc, de façon à leur garantir qu’elles ne pourront servir à un autre usage.
– l’exploitation aurifère légale, et par conséquent illégale, soit interdite dans toute la zone couverte par le Parc National de Guyane. Ce serait en cohérence avec la décision récente de l’Etat de refuser le permis d’exploitation de Cambior, et cela témoignerait de la volonté réelle de l’Etat de préserver la biodiversité et la forêt tropicale humide.
– l’Etat, la Région et le Département s’engagent sur des aides (financements, formation,…) au développement de filières économiques durables, liées à l’exploitation des ressources forestières locales (pharmacopée), au développement d’un tourisme respectueux de l’environnement,… afin de permettre aux communautés locales de se développer tout en respectant leur volonté et leurs traditions.
– que la propriété réelle des zones de droit d’usage des collectivités amérindiennes leur soit attribuée en même temps que la création du Parc, de façon à laisser à ces communautés le libre choix de l’usage qu’elles souhaiteront faire de leurs terres.