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Sainte Rose : participation de Cap21 à l’enquête publique concernant la décharge / CSDU

Cap21 a participé à l’enquête publique qui se termine aujourd’hui pour rappeler son opposition au projet de décharge tel qu’il est présenté aujourd’hui.

Nous espérons que les habitants de Ste Rose sauront faire valoir leur point de vue, et que par ailleurs le conseil municipal ne manquera pas de prendre une position publique dans les jours à venir.

Voici le contenu de notre participation :

ENQUETE PUBLIQUE
SUR LE CENTRE DE STOCKAGE DE L’ESPERANCE
A STE ROSE

Participation de Cap21,
parti politique présidé par Corinne Lepage,
ancien ministre de l’Environnement.

Cap21 Guadeloupe souhaite apporter sa contribution à l’enquête publique concernant l’aménagement de la zone de l’Espérance en zone « Ecopole ».

Après consultation du dossier d’enquête publique, nous sommes confortés dans notre opposition au projet du CSDU tel qu’il nous est présenté et considérons que c’est une fausse solution au problème de la gestion des déchets sur notre île.

1 – Ce projet ne répondra pas aux besoins.

1-a / le site de Ste Rose n’accueillera que de faux déchets ultimes.


Le dossier d’enquête publique ne précise pas clairement ce qu’est un déchet ultime.

Soit on considère qu’un déchet ultime est un déchet qui ne peut plus faire l’objet d’un traitement avant son arrivée au site de Ste Rose. Dans ce cas, toute poubelle entre dans cette catégorie puisque aucune filière de traitement n’existe. Si rien n’est fait, ce sont donc 400 000 t de déchets par an que nous devrons stocker, déchets qui n’auront d’ultimes que le nom. Comme les décharges de Baillif puis de la Gabarre seront fermées très prochainement, tous les déchets de la Guadeloupe arriveront sans traitement à Ste Rose, qui pour des raisons de salubrité publique ne pourra pas les refuser. Et le site sera saturé trois fois plus vite que prévu. On n’aura alors réussi qu’à créer une décharge supplémentaire (sous le prête-nom d’Ecopole) et à repousser le problème d’une demi-douzaine d’années.

Dans le meilleur des cas, celui où toutes les communes mettraient en place le tri sélectif, le compostage et où les guadeloupéens joueraient tous le jeu, on pourrait de manière optimiste ne conserver pour l’enfouissement qu’un tiers du volume de déchets initiaux. Ce seraient alors 150 000 tonnes de déchets par an qui arriveraient à Ste Rose, soit le volume prévu dans l’enquête publique.

L’enquête publique considère ainsi que nous sommes d’emblée dans ce cas idéal, et qu’un déchet ultime est un déchet qui ne peut plus faire l’objet de revalorisation.

L’histoire récente de la gestion des déchets en Guadeloupe nous invite cependant à ne pas faire preuve de trop d’optimisme sur ce scénario idyllique :
– le PDEDMA de 1997 n’a jamais été mis en œuvre
– les fonds d’aide disponibles pour la mise en place du tri sélectif par les communes et leurs groupements n’ont jamais été utilisés.
– l’usine de recyclage des matières plastiques (ECODEC) tourne au ralenti.

On peut donc difficilement croire que les collectivités locales mettront en place dans les mois qui viennent les politiques nécessaires au tri et à la collecte sélective des déchets. D’autant que 2007 et 2008 seront des années électorales, donc peu propices à la mise en place de mesures contraignantes pour les habitants et coûteuses pour les collectivités.

1 – b / créer un Ecopole pour résoudre les nuisances actuelles est une illusion

Les auteurs du dossier d’enquête publique évoquent l’intérêt du projet quant à la résorption des nuisances liées à l’actuelle décharge.

En réalité ces deux questions sont tout à fait distinctes.

La décharge étant illégale, normalement il devrait être interdit de continuer d’y apporter de nouveaux déchets. Ce qui n’est visiblement pas le cas. Les communes du Nord Basse-Terre y apportent toujours les déchets qu’elles collectent, en témoigne la présence sur le site des anciennes poubelles de ramassage, qui ont laissé la place à des bacs de ramassage tout neufs et qui finissent ici leur vie.

Si on voulait réellement stopper les nuisances de la décharge actuelle, on commencerait par ne plus l’alimenter en déchets nouveaux et on mettrait en place une gestion du stock de déchets respectueuse de l’environnement alentour. Cela ne semble visiblement pas le cas, et aucun responsable politique local n’a envisagé publiquement cette solution.

1 – c / Le CSDU, cheval de Troie de l’Ecopole

Le CSDU tel qu’il est prévu n’utilisera (si bien sûr la surface n’est pas augmentée dans les années à venir) qu’une partie des 64 ha de terrain mis à la disposition des partenaires privés par le Conseil Général (décision de la Commission Permanente du 5 octobre 2006).

Le reste de la superficie sera utilisé pour implanter des entreprises spécialisées dans la gestion des déchets. Ecodec, présent aujourd’hui à La Gabarre, sera très probablement délocalisé sur le site de l’Espérance, ainsi que plus tard d’autres entreprises. Le dépôt de permis de construire, accepté par la commune, pour un bâtiment de 945 m2 va lui aussi dans ce sens. On assistera donc à la transformation de la zone de l’Espérance en zone industrielle, qui n’aura d’écologique que le nom.

Que se passera-t-il dans 20 ans ? Si le scénario idéal prévu par le dossier d’enquête publique se réalise, dans vingt ans, le site de l’espérance devrait être réhablité, c’est-à-dire les déchets recouverts et plantés.
Que restera-t-il alors ? Une zone industrielle spécialisée dans les métiers du recyclage, du compostage,…
Cela est le scénario le meilleur. On peut aussi bien envisager, et c’est très probable, que la quantité de déchets à traiter soit telle que le site doive être étendu, et prolongé dans la durée (comme cela a été le cas pour les décharges actuelles). Cette extension, au-delà des 64 ha initiaux se fera sans grande difficulté, car les terrains jouxtant le futur « Ecopole » auront mécaniquement perdu l’essentiel de leur valeur.

2 – des nuisances pour les riverains et des atteintes à l’environnement


Admettons que le projet soit irréprochable sur le plan technique, c’est-à-dire que le site génèrera peu d’odeurs, que les lixiviats seront collectés et retraités, que les biogaz (qui là aussi n’ont de bio que le nom) seront brûlés en torchère… Ces suppositions techniques ne sont pas toujours vérifiées et une fois que le site est créé, il est difficile de vérifier qu’aucun lixiviat ou biogaz ne se dégage sans être traité. Mais admettons… Il n’en restera pas moins que le site de Ste Rose accueillera un trafic de camions conséquent.

L’enquête publique prévoit un trafic de 50 camions par jour, +25 en tenant compte des camions d’extraction des déblais. Ce qui n’est déjà pas rien. Cela correspond à un poids « moyen » de 10 t de chargement par camion, et à un camion mis sur la route toutes les 10 minutes du lever au coucher du soleil,… cela causera inévitablement de très gros soucis au point de vue de la circulation, d’autant plus en période de récolte de la canne, et servira à justifier à très court terme l’aménagement d’une route nouvelle pour fluidifier de nouveau le trafic.

Cela bien évidemment correspond à l’hypothèse où 150 000 t par an sont apportées sur la plate-forme. Or, si on suppose qu’il faudra au moins quelques années pour que le tri se mette en place dans les collectivités, ce seront de 300 à 400 000 t par an que Ste Rose devra accueillir les premières années. Ce seuil de 300 000 t / an est d’ailleurs déjà mentionné comme seuil maximal autorisé dans le projet soumis à enquête publique. Il est fort à parier qu’on soit pendant longtemps au taquet.

Dans ce cas, durant les premières années, où aucune route nouvelle sera construite, ce ne sont pas 75 camions par jour qui seront sur les routes mais au minimum 150 à 200 rotations quotidiennes.

Le projet de Ste Rose tel qu’il est présenté n’est donc pour le moment pas acceptable sur ce point, au regard des perturbations sérieuses qui seront apportées à la circulation routière, non dimensionnée pour cela, et au regard des risques d’accidents pour la population de Ste Rose. Imaginez un ballet incessant de poids lourds du matin au soir dans les rues de Ste Rose !

Concernant les atteintes à l’environnement, il faut souligner les risques de pollution des deux rivières « encadrant » la zone de l’Espérance, et qui se jettent dans la mer au niveau du Cul de Sac Marin, zone protégée.

En effet, le projet est prévu pour des déchets « ultimes », donc a priori stables, contenant peu de déchets polluants qui auront été recyclés par ailleurs, ou de déchets putrescibles. Si ce ne sont pas des déchets ultimes qui sont accueillis, et l’hypothèse ne doit pas être écartée, est-ce que le projet garantit qu’il n’y aura aucun risque de pollution externe ?

Quelles sont les précautions prévues en cas de rejet accidentel ou diffus dans ces rivières ? Quels sont les organismes indépendants qui seront mis en place pour assurer le suivi de la gestion du site et de sa qualité ? Y a-t-il un fonds de prévu, alimenté par les entreprises présentes sur le site, pour assurer les risques de pollution extérieure et permettre de financer d’éventuelles mesures de dépollution du site ?

3 – ce projet sera coûteux

Ce projet, alors même qu’il n’est pas encore réalisé, a déjà coûté le prix du terrain de 64ha, amodié pour une durée de 99 ans pour le prix symbolique d’un euro. La collectivité départementale s’est ainsi privée d’une partie de son patrimoine. A tout le moins elle aurait pu l’utiliser différemment, pour par exemple faciliter l’accès au foncier de jeunes agriculteurs.

Demain, si aucun autre centre de stockage n’est créé ailleurs en Guadeloupe, il en coûtera également très cher aux communes du département pour transporter à Ste Rose leurs ordures ménagères.
J’espère que les conseillers généraux des autres cantons ont pris conscience de cela, et ont eu la transparence de le dire à leurs concitoyens.

Quel sera le prix du transport d’une tonne d’ordures ménagères de St François jusqu’à Ste Rose ? Qui peut garantir que ce coût ne va pas augmenter plus vite que le coût de la vie, rendant probablement obsolète et ruineux d’ici quelques années l’option du « tout Ste Rose ».

Enfin, toute décharge comporte des coûts cachés, ou tout du moins non pris en compte pour choisir entre différentes options.

Il convient en effet de quantifier :

le coût lié au volume supplémentaire de stockage des déchets du fait qu’ils n’ont pas été prétraités. L’absence de traitement préalable multiplie par trois la quantité de déchets à stocker, donc diminue d’autant la « durée de vie » de la décharge. Ce n’est pas parce que le terrain actuel « vaut » un euro que l’espace alloué ne doit pas être géré de manière optimale. Accepter des déchets bruts, c’est accepter de devoir trouver un nouveau terrain dans quelques années pour prendre le relais. Et les espaces disponibles ne sont pas si nombreux pour se permettre de les gaspiller.

le coût lié à l’atteinte à la beauté du paysage. A l’heure où la Guadeloupe mise plus que jamais sur ses activités touristiques, elle ne peut pas se permettre de détériorer en même temps ses paysages, quand bien même ils sont déjà humanisés.

le coût supporté par les habitants de Ste Rose, qui verront la valeur de leur patrimoine subir d’un seul coup une décote plus ou moins sévère. Qui voudra venir s’installer à Ste Rose pour subir au quotidien embouteillages et défilés de poids lourds ?

4 – Prenons les choses dans le bon sens

Au lieu de commencer par mettre en place ce centre de stockage, les élus départementaux feraient mieux d’inciter les responsables des communes et communautés de communes à prendre la gestion des déchets en main.

Selon nous, une gestion responsable et durable de nos déchets ménagers repose sur les priorités suivantes :

– la réduction des déchets à la source
un déchet qui n’est pas produit est un déchet que l’on n’a pas besoin de stocker. Cela passe par des politiques spécifiques d’information des citoyens, de réduction des emballages,… cela passe aussi par
un soutien au commerce de proximité.

– la gestion des déchets au plus près des habitants
rapprocher la gestion des déchets de leur source de production a un double avantage : limiter les transports de déchets bruts, donc les coûts liés au transport et les émissions de gaz à effet de serre associés ; rendre « visible » les déchets par les habitants qui les produisent, donc inciter ces derniers à être plus responsable en matière de production et de tri des déchets.

– la création de filières de tri et de valorisation
verre, plastiques, papier/carton, déchets verts et ménagers putrescibles sont tous des déchets recyclables ou transformables. Les capacités de recyclage, notamment des plastiques, existent déjà en Guadeloupe et sont sous-exploitées. Celles de compostage ne demandent qu’à être développées.

Le projet de Ste Rose ne respecte aucun de ces principes de bonne gestion, défendus également par l’ADEME et mentionnés dans le PDEDMA.

– il n’incite pas à la réduction des déchets à la source, car il acceptera les déchets bruts, donc retirera la pression que fait peser actuellement la fermeture annoncée de Baillif et de la Gabarre.

– il déresponsabilise les guadeloupéens de tout effort en matière de réduction des déchets : ceux qui habitent loin de Ste Rose n’auront aucun souci des conséquences liées à la production de leurs déchets, qui seront traités loin de chez eux. Si ce n’est la hausse prévisible de leur taxe de traitement des ordures ménagères… Ceux qui habitent Ste Rose et les environs ne seront pas incités non plus à faire le moindre effort, vu que leur production de déchets correspondra à quelques pourcents de ce qu’ils seront amenés à accepter, donc que leur efforts ne seront même pas visibles.

– il freinera la création de filières de tri et de valorisation.
L’exploitant de Ste Rose, rémunéré au tonnage, aura tout intérêt à accepter les déchets tout venant. Les communes ne seront donc pas incitées non plus à mettre en place des politiques de tri ni de collecte sélective, peu populaires, et encore moins de compostage au niveau communal.

Dans ce contexte, nous demandons à ce que nos élus prennent le problème de la gestion des déchets de manière globale, et dans le bon sens. Concrètement, nous souhaitons :

– qu’ils mettent un moratoire sur le projet d’aménagement du site de Ste Rose tel qu’il est prévu aujourd’hui.

– qu’ils s’engagent à créer très rapidement des solutions de compostage (individuel ou collectif), pour réduire le volume de déchets nets produits. Le compostage sera par ailleurs créateur d’emplois et de matière première.

– qu’ils favorisent le tri des déchets plastiques, des métaux et du verre.

– qu’ils créent au moins 3 CSDU répartis sur tout le territoire (Nord Basse-Terre, Sud Basse-Terre, Grande-Terre) pour répartir le stockage des déchets ultimes.

– qu’ils refusent de créer une filière d’incinération des déchets, qui remettrait en question toute la dynamique de valorisation des déchets ménagers.

Aussi, tant que cette manière d’aborder la question ne sera pas retenue, tant que les filières de tri ne seront pas réellement effectives, nous serons opposés à l’ouverture du centre de stockage de Ste Rose.

Tel est le sens, constructif, de notre participation à l’enquête publique en cours.

Une réflexion sur “Sainte Rose : participation de Cap21 à l’enquête publique concernant la décharge / CSDU

  • daniel

    Il paraitrait que 5400 bulletins de personnes opposées au projet seraient venues s’exprimer lors de l’enquête ?
    Que fait le Maire ? on ne l’entend pas…

Commentaires fermés.