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Prix du livre : aucun impact positif sur l’environnement

On pourrait penser que la hausse du coût du transport du livre par avion se traduira par un report du fret aérien vers le fret bateau, ce qui aura un impact positif sur les émissions des gaz à effets de serre.
Dans la réalité, la répartition entre les deux modes de transport risque de rester inchangée, ou presque :

Aujourd’hui, les libraires, pour bénéficier au mieux des aides mises en place, doivent affreter au minimum 50% de leurs livres par bateau. Le système existant, qui coûte au libraire environ 1 euro par kilo transporté par avion, l’incite déjà à optimiser au mieux sa gestion des stocks et ses commandes. En clair, le libraire aujourd’hui fera le maximum pour utiliser le bateau et les livres qui prennent l’avion sont ceux qui ont besoin d’arriver rapidement : commandes clients, nouveautés,… volume qui est difficilement compressible.

La hausse du prix du livre et des coûts de transport se traduit globalement, pour les livres acheminés par avion par une stabilité, voire une très légère hausse de la marge du libraire, et pour ceux acheminés par bateau par un surcroît de marge de 5% du prix de vente, ce qui n’est pas négligeable. On comprend mieux pourquoi aucun libraire ne bronche !
La répartition avion / bateau risque fort de ne pas évoluer d’un iota, et c’est uniquement le volume de global de livres vendus qui risque d’être tiré vers le bas, cassant d’un coup la croissance du marché du livre dans les DOM depuis quatre ans.
En effet, le marché local du livre va être pénalisé par la hausse du prix, qui va freiner certains lecteurs, par le transfert d’une partie des achats sur les sites internet, qui redeviennent compétitifs en offre, en prix et en délais, et enfin pénalisé par les ventes aux bibliothèques, qui désormais auront intérêt à travailler directement avec la métropole, 15% moins chère ! Cette hausse des prix risque donc de perturber profondément et sur le long terme la viabilité des librairies et importateurs locaux.

Si l’Etat avait voulu être efficace sur tous les plans à la fois – respect de l’environnement, développement de la culture et économies budgétaires -, il lui suffisait de modifier les conditions d’acheminent de telle sorte que le curseur avion/bateau soit déplacé vers ce dernier.
Entre autres mesures, prises après négociation avec les acteurs du livre, il aurait fallu :

– améliorer la qualité et la rapidité de la chaîne de transport bateau. Aujourd’hui un client accepte difficilement d’attendre 2 semaines son livre par avion, il n’attendra pas un mois et demi pour qu’il arrive par bateau ! En réduisant le délai à un mois, on obtiendrait une alternative déjà plus sérieuse et un transfert mécanique vers le bateau, sans changer le mode de financement actuel. Rien que comme cela, on pourrait diminuer le budget transport de 10% au moins. De plus, l’impact des nouvelles modalités de participation au transport aurait été nettement plus élevé si les conditions de transport par bateau représentaient une réelle solution.

– modifier les modalités de prise en charge, à prix du livre constant. Certes cela aurait impacté la marge des libraires, qui auraient crié au tollé, mais c’est la seule solution pour préserver la dynamique culturelle existante. Par exemple, l’Etat aurait pu proposer un volume minimum pour lequel la prise en charge reste inchangée (mettons pour 20% des livres transportés) avec une dégressivité plus forte pour le reste des transports. Cela aurait illico presto déplacé le curseur dans le bon sens.
A charge ensuite pour les libraires d’optimiser un peu plus encore leurs approvisionnements, et de proposer aux clients qui le souhaite une participation aux frais de transports, laissant ainsi le choix au consommateur entre une livraison rapide ou plus lente.

Au lieu de mener une négociation constructive et préservant l’avenir de l’économie du livre dans les DOM, le ministère de la culture a préféré agir rapidement pour dégager des marges budgétaires, sans concertation, et à la seule charge des consommateurs, qui ne sont pas organisés et ne peuvent donc rien dire… si ce n’est moins lire. N’y avait-il pas moyen d’arbitrer au profit du budget sans pénaliser pour autant la culture ?

Il est regrettable enfin que personne n’ait réagi localement pour défendre ce mécanisme, libraires, élus, ministre de l’Outre-Mer. Seul Cap21 a réagi à cette mesure en faveur du consommateur, et c’est pourquoi nous allons adresser une lettre ouverte aux parlementaires des Dom-Tom pour qu’ils réagissent à cette décision.