Nouvelle Calédonie: importante manifestation contre le projet Goro Nickel
Agence Tahiti Presse – article paru sur tahitipresse.fr, le 8 juin 2006
"Près de 2 500 personnes" ont défilé mardi dans les rues de Nouméa pour protester contre le projet d’usine Goro Nickel, rapporte le quotidien "Les Nouvelles Calédoniennes", expliquant que "les manifestants ont une nouvelle fois réclamé la suspension des travaux en l’état actuel du projet et la prise en compte des impacts environnementaux du projet".
"Grâce notamment au soutien logistique et à la présence de nombreux adhérents de l’USTKE, l’appel du Caugern a en effet rassemblé près de 2 500 personnes, hier, dans les rues de Nouméa. Bien loin toutefois des 10 000 personnes attendues par les responsables du Caugern, la mobilisation s’est faite autour d’un seul et même mot d’ordre : la remise à plat des conditions d’attribution et d’exploitation du gisement de Goro par Inco. Reste que le comité Rheebu Nuu peut désormais compter ses troupes. Et elles sont incontestablement plus nombreuses qu’elles ne l’étaient voilà tout juste six mois", explique le quotidien calédonien qui note que "la mobilisation d’hier s’est toutefois démarquée de la précédente manifestation, le 24 avril dernier, au cours de laquelle les dérapages verbaux s’étaient succédé".
Actions violentes et guérilla judiciaire
Malgré cette "démonstration de force, le journaliste des Nouvelles, Samuel Ribot, se demande tout de même "si le dialogue tant attendu aura bien lieu", rappelant "la guérilla judiciaire à laquelle ont choisi de se livrer la Province sud et le comité Rheebu Nuu, les procédures judiciaires liées aux dégradations commises sur le site de Goro et les manoeuvres des compagnies minières autour d’Inco et de Falconbridge", ainsi que le procès à venir de seize militants du comité Rheebu Nuu, impliqués dans les actions violentes au mois d’avril.
Néanmoins, ce comité semble désormais avoir choisi un mode d’action plus légaliste, faisant circuler depuis le 25 mai une pétition intitulée "Halte à la construction de l’usine poubelle d’Inco".
Pour "des études scientifiques sérieuses"
Le texte de cette pétition rappelle que la Nouvelle Calédonie, "territoire non autonome administré par la France" … "recèle de richesses botaniques et naturelles terrestres et maritimes avec le lagon le plus grand du monde"…et "se distingue notamment par une biodiversité d’une étonnante richesse et originalité. La majorité des espèces sont endémiques, ce qui veut dire qu’elles n’existent nulle part ailleurs".
Le Comité Rheebu Nuu explique encore: "le sud du territoire, où la multinationale Inco a commencé à construire son usine chimique avec un rejet en mer et terrestre de 25 métaux lourds, constitue un site naturel particulièrement exceptionnel mais aucune étude scientifique sérieuse n’a été mené à terme sur l’état initial terrestre et maritime et sur les différents impacts dont une usine pilote qui n’a pas fait l’objet d’une évaluation environnementale. Les scientifiques devant pratiquer une contre-expertise sur les différents impacts ont déclaré à la fin du mois d’avril, que leurs travaux prendraient au minimum deux années supplémentaires".
C’est pourquoi cette pétition est lancée, demandant l’arrêt des travaux de construction de cette usine, "des études scientifiques sérieuses sur l’environnement naturel unique du Grand Sud et la réhabilitation des zones déjà affectés", ainsi que "l’application des règles et normes internationales concernant le Développement Durable et la prise en compte des droits des peuples autochtones".
\ »Les enjeux environnementaux en Nouvelle-Calédonie\ »
En résumé, voici ce qui se passe :
La Nouvelle-Calédonie est couverte d\’une énorme nappe ophiolithique très riche en métaux, Fe, Ni, Co, Mn, Cr…Il y a par exemple dans le nord, le massif du Koniambo qui est le gisement le plus riche du monde en Ni et qui devrait faire l\’objet d\’une usine développée par la société canadienne FalconBridge.
Historiquement, depuis la fin du XIXème siècle il y a eu de nombreuses exploitations minières qui ont déjà énormément perturbé ou détruit l\’environnement terrestre et littoral. Le schéma général est : une destruction totale du couvert végétal, une mise à nu du sol, érosion, rejet de millions de tonnes de stériles miniers dans les pentes, ruissellement de tous ces sédiments, encrassement des rivières, puis arrivée des sédiments dans les lagons. Pour la
partie marine la perturbation est donc essentiellement une hyper sédimentation, étouffement des platiers de récifs frangeants, turbidité des eaux du lagon et envasement des fonds.
La situation s\’était stabilisée dans les années 80 avec la SLN (Société Le Nickel) qui transformait à Nouméa les minerais de différentes mines en lingots de ferro-nickel, exportés ensuite en Europe et au Japon. Il y avait eu de louables tentatives de stabilisation des remblais et même de re-végétalisation des anciens sites miniers. Il n\’y avait donc pratiquement plus qu\’un pollueur principal. Mais depuis une dizaine d\’années se sont développés deux énormes
nouveaux projets miniers, celui de FalconBridge au nord et celui de Goro-nickel au sud (compagnie canadienne INCO). Il faut bien comprendre que ce sont des projets industriels, qui même à l\’échelle mondiale sont gigantesques et qui ont donc dans une petite île de monstrueux effets environnementaux.
Le projet du nord par exemple prévoit la création d\’un port en eaux profondes pour faire accoster des minéraliers de gros tonnages. Pour acheminer ces bateaux, ils vont creuser dans le lagon NW un chenal d\’accès de 4 km de long, 250 m de large et 12 m de profondeur. Les 2 millions de m3 de sédiments retirés du lagons seront rejetés sur la pente récifale externe par 1000 m de profondeur. Les soit-disantes études d\’impact, payées par les compagnies minières, essayent de montrer que l\’effet sur l\’environnement sera négligeable.
Halte aux projets de destruction massive !
Le projet Goro-nickel dans le sud de l\’île utilise une technique expérimentale d\’extraction des métaux par lexiviation dans les latérites. Il s\’agit de faire passer les latérites dans des bains d\’acide sulfurique pour dissoudre les métaux puis de neutraliser les boues acides par du carbonate de calcium. Cette usine a déjà détruit plusieurs centaines d\’hectares de végétation (dans une zone où elle est endémique à 89%) pour sa simple implantation. On ne parle
même pas de la fragmentation des habitats due aux nombreuses routes et zones de dépôts de matériel. Un port en eau profonde a été installé dans la Baie du Prony, qui au dire de tous les spécialistes (dont moi) présente des caractéristiques écologiques uniques au monde (GABRIE, C., CROS, A., CHEVILLON, C., DOWNER, A. (eds), 2005. – Analyse écorégionale marine de Nouvelle-Calédonie. Atelier d\’identification des aires de conservation prioritaires 92 p.). Un tapis roulant réunit ce port à l\’usine. L\’eau va être pompée dans le lac de Yaté.
Une fois l\’usine en route il faudra faire quelque chose des déchets et deux solutions complémentaires sont développées :
– un long tuyau pour évacuer les rejets liquides en mer ;
– un bassin de décantation pour les rejets plus solides avec les dimensions suivantes : 1000 m x 1 000 m x 80 m !!!
Pour limiter les risques de passage des contaminants dans la nappe phréatique le fond de ce bassin sera couvert d\’un liner (= bâche en nylon). Bien sur, cet énorme cavité risque fort de drainer la nappe phréatique et d\’assécher une large auréole, détruisant encore
plus de végétation ?
Il n\’y a pratiquement pas eu de vraies études d\’impact sur cette destruction des écosystèmes terrestres et sur l\’évolution des milieux perturbés.
Comme les spécialistes de l\’environnement et de la communication de chez INCO sont très expérimentés (et riches), ils n\’ont eu aucun mal à détourner l\’attention des politiques et du public vers l\’extrémité du tuyau qui va rejeter dans le lagon (canal de la Havannah) une bouillasse riche en manganèse avec un peu de chrome. A grand renfort d\’experts et de contre-experts on va estimer la teneur en Mn, qui comme chacun sait n\’est pas toxique.
L\’IRD qui a su mettre en avant ses compétences va faire un suivi des
métaux lourds dans le lagon sur plusieurs années. Donc, grâce à cette initiative de Fabrice Colin, qui entraîne l\’IRD dans son sillage, nous sommes considérés comme les experts grâce auxquels l\’environnement est sous surveillance. Comme n\’arrête pas de le clamer la Province Sud, le Principe de précaution est respecté ; il s\’agit bien de développement durable et ils ne font que suivre les recommandations des experts.
Je pense qu\’on se moque du monde, que le principal impact
environnemental se situe à terre avec l\’implantation des usines elles mêmes et de tous les problèmes d\’érosion qui en résultent, y compris l\’hyper sédimentation lagunaire. Je pense qu\’il ne s\’agit pas d\’un simple problème de pollution mais bien de menaces sur l\’existence même des espèces animales et végétales. En effet, la richesse spécifique est forte sur ces terrains latéritiques et les aires de répartitions sont très réduites. Il y a donc vraiment risque de disparition d\’espèces de la planète (il sagit bien, à proprement parler, dun génocide !) et ça personne ne s\’en préoccupe.
J\’imagine que dans quelques années, lorsqu\’il sera devenu évident qu\’il s\’agit d\’une des plus grosses catastrophes écologiques, on commencera à dire que les scientifiques en sont responsables pour n\’avoir pas tiré à temps la sonnette d\’alarme.
Qu\’on le veuille ou non, l\’IRD est en train de cautionner cette destruction de l\’environnement et cette menace sur les espèces. Est-ce très glorieux pour un organisme scientifique au 21ème siècle ?
J\’aimerais bien avoir tort, mais le mensonge est permanent et, en ce
moment l\’hypocrisie des mineurs, des politiques et de l\’IRD dépasse les bornes.
En Kanaky Nouvelle Calédonie (comme ailleurs), l\’environnement nuit gravement aux affaires !
…..surtout en l\’absence d\’un Code de l\’Environnement.
À qui profite le crime ?
Amitiés
Bruno
Bruno VAN PETEGHEM
2001 Goldman Environmental Prize
88, avenue du Général De Gaulle
94160 Saint Mandé
France
GSM intl +33 673377108
brunovp@corailvivant.org
http://www.goldmanprize.org
Communiqué le 16 juin 2006
Un chasseur de baleine arrêté
en Nouvelle-Calédonie
Suite à la décision du tribunal administratif de Nouméa, la société minière Goro Nickel est contrainte de suspendre le chantier d’une unité de production de nickel et de cobalt dans la province Sud de la Nouvelle-Calédonie.
L’étude d’impact réalisée en 2002 négligeait les effets négatifs des rejets liquides sur les baleines à bosse qui de juin à septembre se regroupent dans les eaux littorales de la baie du Prony et du canal de la Havannah. La chasse aux baleines à bosse est interdite depuis 1966. Elles migrent entre l’Australie et la Nouvelle-Calédonie où selon les observations elles s’accouplent et élèvent les baleineaux. Les eaux lagunaires sous l’influence des rejets de l’usine Goro Nickel sont une destination finale pour cette population de baleines à bosse australes. Les effets des perturbations acoustiques des rejets de l’usine éjectés en mer sous haute pression par une canalisation de 1 km de long sont sous-estimés. Les risques de marée noire induits par le trafic maritime ne sont pas abordés. Les risques de collision des baleines avec les navires minéraliers et la contamination du milieu marin et des mammifères marins par les métaux toxiques sous forme particulaire sont sous-estimés. La toxicité des eaux de ballast des cargos est oubliée. L’étude d’impact contenait bien d’autres lacunes, omissions et incohérences résumées dans les communiqués Baleines Nickel – Chrome, Garo Nickel ! et Coraux-Nickel disponibles sur le site http://www.robindesbois.org à la rubrique Animal,on est mal années 2004 et 2005.
L’ensemble des menaces environnementales que le projet Goro Nickel actuel faisait peser sur les baleines correspond directement aux préoccupations et aux compétences de la Commission Baleinière Internationale dont la 58e réunion plénière ouvre aujourd’hui dans les Caraïbes à Saint Kitts-et-Nevis. Les pollutions sont pour les baleines aussi dangereuses que les harpons. D’ailleurs 21 % de la société Goro Nickel appartiennent à des intérêts japonais (Sumitomo Metal Mining et Mitsui & Co).
Pour avoir des informations en direct de la Commission Baleinière Internationale, veuillez appeler le 06 10 98 13 87 et/ou laissez un email sur rdb.cn@free.fr
——————————————————————————————————–
Robin des Bois
Association de protection de l’Homme et de l’environnement
14 rue de l’Atlas 75019 Paris – France
Tel: 33-1-48-04-09-36 / Fax: 33-1-48-04-56-41
http://www.robindesbois.org