Nouvelle-Calédonie : un patrimoine mondial en danger
Voici un cri d’alarme de Marina Kahlemu, responsable de l’association Corail Vivant, sur la situation ‘environnementale de la Nouvelle-Calédonie.
UN PATRIMOINE MONDIAL EN DANGER
La Nouvelle Calédonie fait parti des petits pays insulaires du Pacifique encore sous la tutelle de la France, mais de par son éloignement géographique elle semble oubliée.
Tout a été oublié sur ce territoire et les lois sociales, fiscales, commerciales, financières et environnementales sont toutes à revoir.
Comme tous les pays en développement économique, la Nouvelle-Calédonie va être soumise à des contraintes environnementales qui pèseront sur le pays de façon irréversible.
Les projets industriels vont casser l’ordre social et culturel alors que la nature se dégradera devant le béton (habitats, routes, zones industrielles, hôtellerie et ports). Cette évolution laissera les habitants de ce petit bout de terre sans garde-fous environnementaux par la pollution mais aussi en raison d’une bonne inconscience collective, sur la route de la paupérisation.
L’AIR
La pollution atmosphérique aura principalement pour origine les centrales énergétiques pour l’alimentation électrique de la population et des usines. Ces pollutions vont générer des taux d’oxydes d’azote et de dioxines qui auront des conséquences directes sur la déforestation par les retombées des pluies acides qui tueront dans les rivières et abîmeront le lagon.
L’EAU
Jusqu’ici la Nouvelle-Calédonie disposait d’un « réservoir d’eau » de capacité suffisante pour répondre aux besoins de sa population, Cette eau, préservée des impacts de l’industrialisation chimique, n’avait pas nécessairement besoin d’être traitée préalablement avant sa distribution aux usagers comme en France par exemple.
Cependant, la surpopulation de ces dernières années a déjà obligé les Pouvoirs Publics à s’approvisionner dans d’autres réservoirs.
Les déchets toxiques de l’usine chimique du Sud seront déposés sous forme de boues dans les trous de la mine, avec les risques sur les nappes phréatiques que l’on vous laisse imaginer.
La dégradation des rivières due aux anciennes mines a déjà fait disparaître certaines rivières sous les cailloux alors qu’en période de pluies on assiste à des débordements qui dégradent les bassins versants. C’est un incessant cercle vicieux aux répercussions désastreuses sur les sols allant parfois jusqu’à leur disparition définitive entraînant la disparition de la faune et la flore. Le littoral bénéficiait autrefois d’un apport régulier de sédiments organiques, aujourd’hui remplacé par la pollution minière.
En l’absence de moyens de gestion et de réglementation suffisante de ces bassins versants, cette situation aboutira inévitablement à un gaspillage et une pollution de ces réserves en eau potable.
DEFORESTATION
La Nouvelle Calédonie compte 3 types de forêt : la forêt humide, la forêt sèche, le maquis minier. Chacune d’elle joue un rôle fondamental au maintien et à l’équilibre du milieu. Milieux que l’on aimerait encore vierges de toutes agressions humaines puisque subsistent encore à ces endroits, certaines espèces végétales issues de l’ère gondwanienne.
La forêt humide
Le faible peuplement de la Nouvelle Calédonie a eu jusqu’ici un effet bénéfique dans la préservation de ce type de forêt. Cependant, on assiste de plus en plus à sa destruction en raison de nombreux feux de brousse.
La forêt sèche
Ce type de forêt principalement implantée le long de la côte ouest où l’augmentation de la population est la plus importante occasionnant sa disparition. A l’heure actuelle, la couverture végétale est intégralement anéantie par l’implantation de projets de lotissements nouveaux. Autrefois, c’était la filière agro-pastorale qui l’avait mise à mal et utilisait des engrais chimiques ou pesticides une vraie menace pour cette forêt entraînant au passage la contamination de toute la chaîne alimentaire jusqu’aux zones côtières.
Le maquis minier
Le maquis minier est une végétation spécifique qui, pour des raisons d’accès est systématiquement dégradé par les concessions minières. Or, cette terre latéritique a obligatoirement besoin de son support végétal pour résister. La disparition de ce support végétal entraîne l’érosion lors des périodes de pluies.
LAGON
Les milieux côtiers, eaux douces et mangroves, apportent aux eaux océaniques le plancton nécessaire à la vie. Cet apport favorise la richesse des grandes profondeurs et aussi du lagon. Là encore il convient d’être prudent dans nos décisions pour ne pas détruire ce qui constitue le « garde-manger » des Kanaks et de l’ensemble de la population. De gros projets tels que la construction de ports en extrayant des millions de m3 de sédiments du lagon ne feront que détruire celui-ci.
Les rejets humains, les rejets de l’aquaculture, les extractions et les remblais amèneront les récifs à leur déclin.
D’autre part, l’industrialisation massive de cette petite île et la valse incessante des minéraliers, voire des pétroliers et les risques de pollution par hydrocarbures va contribuer au bouleversement du lagon.
UN PATRIMOINE MONDIAL EN DANGER
Depuis 2001 l’association Corail Vivant, porte le projet de l’inscription au Patrimoine Mondial de l’UNESCO de l’intégralité du lagon calédonien. Les institutions ont choisi 6 zones bien déterminées. Cependant, comment peut-on concevoir une usine chimique qui va déverser en mer 25 métaux lourds près d’une réserve marine intégrale existant depuis plus d’une trentaine d’année, la réserve MERLET ?
Comment également concevoir transmettre aux générations futures un bien digne de celui que nous connaissons ?
Difficile de croire à la réussite d’un Patrimoine Mondial soumis à l’influence du droit de propriété imposé par les industriels, s’imposant en « Maître absolu » sur le droit naturel. Difficile d’imaginer pouvoir conserver ce patrimoine en brisant les fondations qui ont depuis toujours lié l’homme à son environnement naturel.
Pourquoi ne pas une fois pour toutes s’atteler à la réalisation d’un inventaire complet de la biodiversité en Nouvelle-Calédonie et réaliser parallèlement une étude qui permettrait de comparer les pertes et profits générés par le développement économique ?
Association Corail Vivant
KAHLEMU Marina