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Le président des Comores se dit prêt à intervenir militairement à Anjouan

Article paru dans l’édition du Monde du 15 février 2008

Sur l’île comorienne de Mohéli, les troupes – quelques centaines d’hommes – sont prêtes à l’attaque. A l’horizon : l’île d’Anjouan et son président, le colonel Mohamed Bacar, que le pouvoir
central de l’archipel des Comores est décidé à renverser. L’assaut serait imminent. Après des mois de vaines négociations, le président comorien, Ahmed Abdallah Sambi, est déterminé à employer
« incessamment » la force pour déloger celui qui le nargue depuis sa réélection contestée, en juin 2007.

L’origine de la crise remonte au dernier scrutin, lorsque Mohamed Bacar, président sortant de l’île d’Anjouan, est entré en dissidence et a organisé le scrutin hors la présence d’observateurs,
prenant le pouvoir central de court. L’Union africaine (UA) et la communauté internationale ont condamné le coup de force et exigé la tenue de nouvelles élections à Anjouan. Mohamed Bacar demande
de son côté la convocation d’une conférence intercomorienne sur les institutions.

Anjouan, qui avait déjà fait sécession en 1997 et proclamé unilatéralement son rattachement à la France, a la réputation d’une île rebelle. A l’époque, l’UA avait instauré un blocus et la crise
s’était dénouée après l’adoption d’une nouvelle Constitution. Celle-ci prévoit l’élection de trois présidents, un par île, et d’un président de l’Union, issu alternativement d’une des trois
îles.

Cependant l’origine anjouanaise de l’actuel président de l’Union, Ahmed Adballah Sambi, n’a pas permis d’éviter cette nouvelle crise. Les nouvelles dispositions constitutionnelles ne suffisent pas
à assurer la stabilité politique d’un archipel secoué, depuis des années, par les coups d’Etat et les crises politiques à répétition.

Mohamed Bacar est arrivé au pouvoir en 2001 par un coup d’Etat ; il a ensuite été élu une première fois en 2002. Aujourd’hui, il est prêt à tout pour se maintenir au pouvoir, même à l’affrontement
armé. Ses troupes sont équivalentes à celles du pouvoir central.

Déjà autoritaire, il a durci le ton. L’opposition l’accuse de régner par la terreur, de procéder à des détentions arbitraires et à des intimidations. Des récits de tortures alimentent la rumeur et
entretiennent un climat de peur.

AIDES EXTÉRIEURES

Jusqu’à récemment, le colonel Bacar a profité de la position ambiguë de la France à son égard. Anjouan est en effet proche du territoire français de Mayotte, quatrième île de l’archipel. Et c’est à
Anjouan qu’atterrissent les avions chargés d’immigrés clandestins refoulés. Mayotte, un territoire grand comme deux fois l’île d’Oléron, bat le record d’expulsions : plus de 16 000 en 2007, alors
que la métropole affiche un peu plus de 23 000 reconduites à la frontière.

Le président de l’Union, Adballah Sambi, n’est pas aussi bien disposé que Mohamed Bacar à l’égard de la France. Comme d’autres « unionistes », il considère que Mayotte fait partie des Comores et que
les Comoriens y sont chez eux.

Il semble cependant que, depuis son élection controversée, le colonel Bacar a été lâché par la France, qui a laissé le dossier aux mains de l’Union africaine.

L’envoyé spécial de l’UA, Francisco Madeira, a essayé pendant plusieurs mois de trouver une solution négociée, proposant notamment l’organisation d’une nouvelle élection à Anjouan, à laquelle le
colonel Bacar pourrait être candidat. L’UA avait envisagé puis abandonné l’idée d’organiser elle-même une intervention militaire pour déloger Mohamed Bacar. L’organisation ne voulait pas prendre
l’initiative de déclencher un conflit dans une île qui, jusque-là, était certes en crise mais pas en guerre.

Il aura fallu plusieurs mois au président Sambi pour se préparer à une intervention armée. Il menace depuis juin 2007 de lancer l’assaut sur Anjouan, sans avoir les moyens de le faire. A l’époque,
l’armée nationale ne disposait ni de bateaux ni d’hélicoptères ou d’avions capables de mener à bien cette mission.

Depuis, le président Sambi a reçu des aides extérieures, notamment de la Libye et de l’Iran. Au moins quatre avions cargos affrétés par Tripoli sont arrivés aux Comores. Coup de bluff ou réelle
menace ? Le colonel Sambi s’est dit prêt, lors de son discours du nouvel an, à « prendre l’uniforme pour faire face aux mercenaires envahisseurs ».

Fabienne Pompey
Article paru dans l’édition du 15.02.08.