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Le Nickel de Nouvelle Calédonie dans les mains d’INCO : quel intérêt pour les Kanaks ?

Le rachat de Falcon-Bridge par Inco sera lourd de conséquences pour la Kanaky-Nouvelle-Calédonie et la relative indépendance économique à laquelle elle pouvait prétendre grâce au nickel.

Falcon-Bridge s’était engagé pour l’exploitation de la mine de Koniambo, dans la Province Nord, projet dont l’exploitation devait contribuer à rééquilibrer le développement économique entre les différentes provinces. Désormais, rien ne garantit que, même (et surtout) si ce gisement intéresse toujours Inco, ce dernier s’engage avant fin 2005 à construire l’usine du Nord ; ni que ce projet soit désormais une priorité dans le développement du nouveau groupe industriel ainsi formé.

En effet, les deux projets : province Nord avec Falcon-Bridge et province Sud avec Inco, sont de grandes envergures et l’archipel ne dispose probablement pas de la main-d’oeuvre suffisante pour mener, de front, ces deux exploitations.

Au-delà de ce nouveau risque de déséquilibre économique entre la province Nord et la province Sud, pèse désormais le risque d’une plus grande dépendance économique de la Nouvelle-Calédonie vis-à-vis du nickel.
Les intérêts des exploitants de nickel étant tous réunis dans une seule et même société (canadienne, qui de surcroît joue désormais un rôle de leader mondial sur le marché du nickel, tant pour l’exploitation que pour les réserves exploitables, la Nouvelle-Calédonie représentant à elle seule un dixième de la réserve mondiale), les deux provinces, et par conséquent l’État français, sont totalement dépendantes de cet interlocuteur et de son bon vouloir.

Cette décision est également porteuse de tensions politiques entre les différentes provinces si jamais le projet d’exploitation de la mine de Koniambo (province Nord) devait être abandonné, assurant ainsi, à la seule Province Sud, l’essentiel des revenus du nickel.

Piégé dans sa participation dans ERAMET et son engagement aux cotés de la province Nord, l’État devra gérer finement toute violation de l’Accord de Nouméa. Inco jouera, désormais, un rôle d’arbitre et il est probable que ses intérêts économiques primeront (et influenceront) sur ceux des politiques néo-calédoniens.

Devant le risque de conséquences écologiques, sociales et culturelles catastrophiques, il faudra que la KNC soit vigilante et exige l’application des réglementations modernes et des meilleures pratiques industrielles en matière de protection environnementale, tant sur les aspects physiques et biologiques qu’humains.

Sur le plan écologique notamment, avec l’exploitation du site de Goro (projet du Sud) et l’implantation d’une usine de traitement chimique des latérites, qui permet de rentabiliser des roches à plus faible teneur en minerai.

Les énormes cadeaux fiscaux obtenus, (accordés par l’État français) n’ont sans doute pas été oubliés pour valoriser cette OPA auprès des actionnaires.

INCO "tient" tellement le gouvernement français qu’il a réussi à se faire offrir 500 millions de dollars US par les contribuables français alors que le pays est endetté  67%.

Qu’est-ce donc qui permet à INCO de faire chanter Paris ?

Le durcissement des rapports sociaux au sein de la SLN (ERAMET) pourraient bien être un signe concernant d’éventuelles négociations avec INCO.
S’oriente-t-on vers une négociation INCO-SLN (ERAMET) ?
L’avenir dira si les deux industriels ont finalement intérêt à s’entendre… Mais cette Offre Publique d’Achat ressemble à une véritable OPA sur la KNC !

Aussi, Cap21, dans ce nouveau contexte, soutient le point de vue des Kanaks et leur souhait que l’accord conclu avec Falconbridge soit repris dans les mêmes termes par Inco, notamment en ce qui concerne l’emploi local.

Nous souhaitons également que les aides de l’Etat (défiscalisation) qui devaient être accordées pour la construction du port de Voh, soit conditionnées à une exploitation équilibrée entre les deux zones.

Nous demandons enfin que la mise en oeuvre des projets autorisés (Goro & Koniambo) se fassent dans le plus grand respect de l’environnement et dans la transparence vis-à-vis de la population locale.