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La stratégie du groupe minier Inco inquiète la Nouvelle-Calédonie

Article paru dans Le Monde, du 21 octobre 2005

Le rachat annoncé du groupe minier canadien Falconbridge par son compatriote Inco provoque d’importants remous en Nouvelle-Calédonie (Le Monde du 15 octobre). Les deux groupes y sont en effet présents ­ le premier au Nord, le deuxième au Sud ­ et se partagent l’exploitation du nickel avec la Société Le Nickel (SLN). Le dossier est économique et politique.

"Le combat autochtone ne pèse rien face à Inco, mais l’action sur le terrain peut faire reculer les multinationales" : tel est le message qu’ont voulu faire passer les sénateurs coutumiers à Ron Renton, le PDG de Goro Nickel (filiale d’Inco), venu leur présenter, cette semaine, le projet de fusion. "Saisissez l’occasion qui se présente pour créer de nouvelles relations avec le peuple kanak ", lui a demandé le président du Sénat coutumier, Gabriel Païta.

Le climat entre le groupe canadien et les Kanaks est en effet orageux. Sur les murs de Nouméa, un graffiti ­ "Inco : poubelle. Inco : pilleur de nickel" ­ le résume bien. Le conseil autochtone de gestion des ressources naturelles (Caugern), qui regroupe les chefferies kanakes et des mouvements écologistes, réclame "que soient mieux pris en compte les intérêts des populations locales" par les industriels. "L’image d’Inco dans le Sud est celle d’une entreprise non citoyenne ", explique le sénateur Georges Mandaoué, qui exige du canadien des garanties sur l’environnement et réfute tout rejet en mer des effluents de l’usine en cours de construction dans la superbe baie de Goro (Sud).

Pour sa part, le comité Rhéébu Nuu, l’une des composantes du Caugern, a déposé un recours en annulation du permis d’exploitation de l’usine Goro-Nickel. En absorbant Falconbridge, Inco prend en effet en main le destin du projet Koniambo, symbole de la maîtrise des Kanaks sur la ressource minière du Nord et point d’ancrage de la politique de rééquilibrage promise depuis les accords de Matignon de 1988. L’approche du 31 décembre, date butoir à laquelle devra être prise, ou non, la décision de construire l’usine du Koniambo, dans laquelle la province Nord, contrôlée par les indépendantistes, est majoritaire (51 %), accroît la tension.

LA CAROTTE ET LE BÂTON

Lors d’une visite en juillet 2003, le président de la République, Jacques Chirac, avait été clair : "Le développement du Nord étant absolument prioritaire, je veillerai à ce que rien ne puisse venir compromettre la réalisation dans de bonnes conditions de l’usine du Nord." C’est exactement ce que demandent le Caugern, les syndicats et les élus locaux. Leur crainte est que le groupe canadien privilégie le projet du Sud, dans lequel il détient 69 %, au détriment de celui du Nord dans lequel il sera minoritaire.

De son côté, Inco manie la carotte et le bâton. "Si Goro avance dans le calme, cela favorisera l’usine du Nord ", a prévenu M. Renton. Mais l’industriel se veut aussi rassurant : "Le marché mondial a besoin chaque année d’une usine de la taille du Koniambo (60 000 tonnes de nickel par an). Avoir un seul opérateur pour les deux projets est un avantage extraordinaire pour coordonner leur réalisation."

Au siège de Goro-Nickel, on reste cependant évasif sur la date à laquelle pourrait démarrer la construction de l’usine du Nord.