Jetez-les tous !
L’année 2009 est, à double titre, une année importante : la Nouvelle-Calédonie sera, avec retard, frappée par la crise ; d’importantes élections s’annoncent.
Le trait caractéristique des politiciens qui sont reconduits depuis trop longtemps est leur absence de vision à long terme. Cet état d’esprit a encouragé le patronat à mener une stratégie
opportuniste limitant ses investissements et ses plans de formation.
Certes il faut faire une exception pour le nickel, mais les sociétés qui s’activent dans ce domaine planifient naturellement sur de longues périodes. Par effet induit les sociétés qui gravitent
autour de ces entités, font tout ce qu’elles peuvent pour répondre à des demandes fortes. Or les phases d’implantation ont une fin. Bon nombre des ces PME verront ces marchés prendre fin et rien
ne dit qu’elles auront apuré leur dette de mise à niveau technique.
En ce qui concerne les flux migratoires, il n’existe toujours pas de vraie politique de régulation des flux. Il existe même de véritables réseaux « d’approvisionnement » en main d’œuvre de toute
sorte et on peut voir fleurir les agences d’intérim qui fournissent un contingent de salariés chers et temporaires qui n’ont pas perçu que la contre partie d’une grande flexibilité est l’absence
totale de stabilité. Ayant fait le choix de l’impermanence de leur emploi ces salariés ne pourront pas se retourner vers les structures syndicales, ni recevoir le moindre soutien des
institutions. Si la Constitution est un obstacle à la régulation des flux, tel n’est pas le cas des dispositifs susceptibles d’être mis en place sur le marché du travail.
Il fallait mener une politique de plein emploi pour les calédoniens et créer une stratégie contractuelle assortie d’un plan de formation continue visant à permettre à un
Calédonien d’occuper le poste offert à l’extérieur dans un temps qui reste à déterminer au cas par cas.
En ce qui concerne les formations initiales, l’absence de planification du développement reposant sur d’autres critères que la mine (autosuffisance alimentaire et énergétique)
conduit à un étranglement massif des classes d’âge qui, poussées vers le bac sans vraies perspectives s’orientent ensuite vers des études universitaires qui laisseront un grand nombre de
jeunes dans l’embarras, voir la détresse. Le meilleur observatoire de cette situation est le concours administratif où l’on voit un nombre incalculable de diplômés d’un bac+ 1 ou 2 ou
même 5 ans se présenter à des concours de niveau BEPC ou Bac. Les jeunes qui souhaitaient s’orienter vers un emploi administratif dès la fin du secondaire se voient fermer cette porte là.
Dans le domaine agro-pastoral j’en reviendrai à mon analyse d’il y a plus de vingt ans : les fonctionnaires ont mis en place une stratégie de marché sous tension
qui ne pousse pas à une politique de diversification des productions ni à une amélioration globale en qualité et en prix des produits, ce qui fait le bonheur des grandes surfaces. De plus les
consommateurs sont largement sous représentés dans les comités et commissions diverses.
Dans le domaine énergétique on a atteint un sommet d’aberration. Il y a trente ans, en tant que président de l’association des consommateurs UFC/Que choisir ?, j’ai littéralement
supplié le Territoire et l’Etat de mettre en œuvre une politique d’indépendance énergétique par la construction d’un barrage hydroélectrique dans le Nord, j’ai organisé deux opérations ville
sombre par lesquelles je demandais aux Calédoniens de soutenir cette démarche en coupant leur courant à une heure précise… EDF avait même envoyé un spécialiste des questions hydroélectriques
comme Directeur d’Enercal (pour dire si cette démarche était de bon sens). Peine perdue, on a installée une centrale thermique à Népoui et on prévoit deux grosses centrales à charbon (Prony
énergie et SLN). Ces centrales sont unanimement condamnées (quel que soit leur niveau de modernité) par les scientifiques comme étant un danger majeur pour le réchauffement climatique, sans
parler des pluies acides.
Des scientifiques mondialement reconnus ont lancé un véritable cri d’alarme sur la perte de la biodiversité en Nouvelle-Calédonie.
Les signes identitaires auraient dû faire l’objet d’un débat et d’un engagement prioritaire pour valider la notion de destin commun dans l’esprit des populations car l’inconscient
collectif a besoin de perspectives et de symboles pour permettre à la société de comprendre son devenir et s’y engager sereinement.
L’absence totale de maturité politique se manifeste à bien des niveaux. Par exemple le domaine de DEVA qui, globalement, est un projet économique moyennement correct qui mérite cependant des
ajustements dans les domaines écologiques et sociétaux. L’Hôtel de classe internationale et le terrain de golf n’étaient pas indispensables. On pouvait faire mieux et à moindre frais en
permettant à la population de Bourail et des environs de se professionnaliser dans des petites structures éco touristiques et en ne touchant pas du tout à l’intégrité du domaine, carrière de
sable comprise. Il existe un élément extrêment positif : c’est la manière dont les populations on su dialoguer entre elles pour aboutir à une projection commune dans le projet. Mais voilà ! Tous
les recours judiciaires n’ayant pas été épuisés la Province Sud se retrouve dans une impasse concernant la propriété du bien. Ceci crée une tension plus que palpable et bien inutile. Quand
j’entends un responsable dire que ça se fera quand même je crois entendre M. Lafleur à propos du Méridien de l’Île des pins. Ceux qui disent le droit créent eux-mêmes des situations de non droit
sans même se rendre compte qu’il s’agit là d’un exercice périlleux pour le pays tout entier.
Je prétends encore aujourd’hui que le vrai pot de fer dans une société est la société elle-même. Quel qu’en soit le prix elle doit contraindre sa représentation politique
à aller dans le sens qu’elle souhaite et ce sens est clair depuis le préambule de l’accord de Nouméa : la reconnaissance des droits fondamentaux du peuple Kanak et la mise en œuvre d’un destin
commun. Ni l’une, ni l’autre n’ont fait l’objet d’un moindre frémissement salutaire. Ni les indignes représentants de la classe bourgeoise de Nouméa dans le Sud, ni les pâles élus du
Front Indépendantiste (dont on ne sait plus vraiment ce qu’il est et où il va à force de ne pas y aller) n’ont montré leur capacité à conduire le pays vers quelque chose de plus raisonnable, de
plus projectif.
Les populations, après deux mandatures, ne savent toujours pas si demain sera serein ou chaotique. C’est grave, très grave. Il est temps de leur donner une vraie leçon d’humilité. Il est temps de
donner de vraies perspectives aux jeunes et aux familles et de créer les conditions d’une autosuffisance durable.
Des listes nouvelles vont se présenter. Ignorez tout ce qu’on pourra dire sur elles car elles n’auront pas les moyens de communication suffisants pour y répondre.
Apportez du sang neuf dans les institutions et faites en sorte que vos assemblées redeviennent un haut lieu du débat d’idée plutôt qu’une basse cour de règlements de comptes. Des
lendemains difficiles s’annoncent qui montreront que malgré un PIB impressionnant, une épargne faramineuse, il existe une vraie misère morale, économique et sociale en Nouvelle-Calédonie.
Dider Baron
Halte à la vie chère !La Nouvelle-Calédonie concentre en effet tous les excès. Pour l’alimentation, les voyages, mais aussi pour les loyers. Les institutions locales participent activement à la vie chère. Exemple avec la Province-Sud, en augmentant par 12 un loyer d’une société touristique. Ne pouvant payer, elle a été expulsée en 2008 !
Le Destin Commun en Nouvelle-Calédonie a déjà ses exclus !
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