Guyane : Cap21 soutient la demande des amérindiens
Communiqué du 31 décembre 2006
Cap21 regrette que l’Etat refuse de prendre en compte les recommandations des commissaires enquêteurs concernant l’extension de la zone coeur de Maripasoula à la zone de vie des amérindiens. Cette décision signifie que l’Etat laisse faire, pour ne pas dire qu’il cautionne, la destruction de l’environnement et les atteintes portées au mode de vie amérindien par les orpailleurs clandestins.
Aussi, Cap21 Outre-Mer soutient l’action menée par les habitants Wayana et Teko des villages amérindiens du Haut-Maroni et du Tampoc, qui ont écrit leur indignation au Président de la République.
Que penser d’un pays qui crée un espace pour des ours et refuse celui demandé par des amérindiens concitoyens?
Fin 2001, j’avais remis à mon université (Paris 7-ethnologie) un rapport intitulé "Le Parc contre les Amérindiens" analyse de dix années de péripéties houleuses pour tenter de créer ce parc promis par F.Mitterrand à Rio en juin 1992.Je ne connais que trop la mentalité créole-cayennaise pour comprendre à quel point la tâche de C. Lepage fut alors délicate. Il faut relire les "France-Guyane" de décembre 1995 pour saisir l’incroyable audace des responsables du Conseil Général et du Conseil Régional confrontés à la présence courageuse de Corinne Lepage. Je me rappelle notamment de la violence des propos d’Antoine Karam : "pas question d’accepter la présence d’amérindiens au sein du comité de pilotage" ! Et bien sûr, le classique reproche de tous les Elus farouchement "aménagistes" : "pas question de mettre la nature sous cloche".A l’époque, je soutenais le célèbre botaniste du Radeau des Cimes, Francis Hallé, qui avait écrit entre autre dans La Recherche : "Mauvais projet de parc national en Guyane", car il voulait que le parc recouvre tout le centre montagneux de la Guyane, et de là, la partie nord de la Guyane, inhabitée, si ce n’est le hameau de Saint Elie. Il voulait que le parc soit visitable à partir des fleuves Mana et Approuague, et s’étende jusqu’aux marais littoraux, du côté de Ouanary, de facon à protéger le seul morceau de Mata Atlantica encore intacte, car au Brésil, cette forêt riveraine de l’océan a presque entièrement disparue. Surtout, il démontrait qu’en Guyane, le taux maximum de biodiversité et d’endémicité se situe dans la moitié nord de la Guyane, et non dans le sud.Il avait participé à Strasbourg, avec le soutien de Jean Marie Pelt, Claude Sastre et Francois Ramade, tous éminents biologistes, à la création de la Coordination Nature /Culture pour un projet alternatif de Parc national, en compagnie du directeur de l’Institut d’ethnologie de l’université Marc Bloch de Strasbourg, Eric Navet, spécialiste des Indiens de la région de Camopi depuis 1971. Cette coordination proposait à la Mission pour la création du Parc national de réaliser une étude d’impact socio-ethnologique sur ce qui risquerait de se passer si le parc était créé dans la partie de la forêt où vivent 97% des populations de la pleine forêt, à savoir le tiers sud, à la place de le créer dans la partie nord, quasi inhabitée…La Mission -Parc n’a jamais voulu mettre en place cette étude !
Tout porte à croire que le seul avantage escomptable pour les Indiens, d’un Parc chez eux : l’interdiction de l’orpaillage dans sa zone centrale, dîte maintenant "coeur" depuis la réforme Giran, devenue nouvelle loi des parcs en avril 2006, est illusoire, car le Ministère de l’Environnement a déjà tenu à prévenir que la répression de l’orpaillage illégal ne serait pas du ressort de l’administration du parc, mais du ressort du Ministère de l’Intérieur. Lequel a amplement démontré son incapacité a éradiquer l’orpaillage. On lira les nombreux articles de Frédéric Farine à ce sujet, et ceux de Claude Marie Vadrot. Par contre, il semble clair que les Indiens tant en zone coeur qu’en zone de "libre adhésion" ne bénéficieront plus de la mesure décidée le 14 septembre 1970 par le Préfet : l’arrêté qui réglemente l’accès au tiers sud de la Guyane, pour , disent les "considérants" "respecter le mode de vie, les coutumes familiales ainsi que le particularisme des populations indiennes". Pour ce faire, il est stipulé que l’accès au "pays indien" est interdit aux touristes, et autorisé aux professionnels après étude du dossier dans lequel les demandeurs justifient les raisons pour lesquelles ils doivent se rendre dans le tiers sud de la Guyane.Cette mesure va être supprimée car le texte du projet de parc précise que les touristes auront accés à l’ensemble du parc! Les Indiens seront donc rapidement victimes du génocide culturel, car il n’y a pas pire que le tourisme pour ethnocider une population aborigène sylvicole vivant encore de et dans la forêt. De multiples tristes précédents l’ont hélas amplement démontré dans le monde !Relisez la presse de 1970 ! A l’époque, on avait une claire conscience de ce danger redoutable, et du Figaro au Canard Enchainé, en passant par une page entière dans Le Monde intitulée "Faut-il transformer les Indiens de Guyane en attraction touristique ?", il y avait eu pendant plusieurs mois une intense campagne de presse ! Onze jours après l’article du Monde, le gouverment demandait au préfet de prendre la mesure que l’on sait. Aujourd’hui, la seule réglementation qui reconnait un tant soit peu le fait amérindien au sein de la République francaise risque de disparaître.Alors qu’il aurait fallu au contraire renforcer ce texte de 1970. Par exemple faire comme le Canada: créer en Guyane une sorte de "Nunavut tropical", un territoire à statut spécial, comme le permet la Constitution, sous le nom de "collectivité particulière", statut attribué par exemple à Mayotte, à St Pierre et Miquelon, etc…(lire les travaux des juristes N. Rouland, T.Michalon et Lochak à ce sujet, juristes spécialistes des droits des peuples autochtones soigneusement écartés par le gouvernement de la Cellule Juridique de la Mission-Parc !Jacques Chirac avait eu la fierté de souligner qu’il avait été le premier Président du monde à visiter le territoire autonome du Nunavut, peu après sa création en 1999.Pour en savoir plus à ce sujet, vous pouvez consulter mon grand-oncle, Bernard Saladin d’Anglure, qui a passé plus de 40 années chez les Inuits du Nord canadien ! L’idée serait de protéger toute la forêt guyanaise, seule forêt tropicale du monde à être dans un pays riche, donc la seule vraiment protégeable, avis du World Ressources Institute de Washington, et non comme le propose le projet actuel : ne protéger que 2 (zone coeur) des 8 millions d’hectares de la forêt guyanaise. Et abandonner 6 millions d’hectares aux orpailleurs et aux aménagistes : je rappelle que la loi d’avril 2006 stipule que dans les DOM, les parcs nationaux ne sont plus vraiment "nationaux", puisque soumis aux voeux du Conseil Régional. Or en Guyane, le Schéma d’Aménagement Régional lézarde toute la forêt de projets délirants de routes! Qui les paiera ?Pire, un alinéa spécial Guyane précise que dans ce département, on facilitera l’autorisation pour la réalisation de travaux même dans la zone coeur !Donc il faudrait protéger toute la forêt, au sud, en protégeant AUSSI l’ethnodiversité, par la création d’un territoire reconnu aux amérindiens, conformément à la Convention 169 de l’OIT-ONU, Convention que vient de signer l’Espagne, mais pas encore la France, et au nord, par un vrai parc national, soumis aux voeux de l’Etat, et non aux seigeureries locales, au service de la préservation de la biodiversité…Quand on sait que les 800 000 habitants des Antilles disposent de 2500 km2, les 200 000 habitants du littoral guyanais actuellement habité qu’en pointillé en certaines zones auraient largement assez avec 5000 km2 sur les 84 000 de la Guyane. Bien que politiquement plutôt à gauche, j’ai du écrire de nombreux articles cinglants pour dénoncer l’attitude de Dominique Voynet alors responsable de l’environnement, pour sa facon de traiter le dossier guyanais, alors que je dois reconnaitre le bon travail accompli par Corinne Lepage.Question protection de la nature, hormis quelques cas spéciaux sur le littoral, il n’y a aucune espèce animale en danger dans la pleine forêt. La seule urgence concerne la protection de l’ethnodiversité, car seules les cultures amérindiennes sont en grand danger. Le projet actuel de parc fourmille d’idées abracadabrantes d’introduction de bouleversements chez les Indiens.Thierry Sallantin