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Grenelle de l’Environnement en Outre-Mer : rien que des promesses !

L’assemblée nationale examinera mardi prochain le projet de loi sur la mise en oeuvre des mesures du Grenelle de l’Environnement : http://www.assemblee-nationale.fr/13/projets/pl0955.asp

Nous n’avons eu de cesse de le répéter sur ce blog, l’environnement constitue l’une des clefs -si ce n’est la clef- de l’avenir de l’Outre-Mer : préservation de la biodiversité
(la quasi-totalité de la biodiversité française se situe en Outre-Mer), autonomie énergétique, autonomie accrue par rapport aux transports, développement d’une agriculture de qualité et
respectueuse de la santé,… ces aspects au coeur de toute politique environnementale sont exacerbés en Outre-Mer.
Quel serait l’impact sur l’économie d’une hausse importante des coûts du fret maritime et aérien ?
Comment diminuer la dépendance énergétique auxc produits pétroliers ?
Comment préserver des espaces naturels indispensables à la préservation de la biodiversité, au tourisme, et à l’épanouissement des habitants sans empiéter sur le droit de chacun à pouvoir se
loger décement ?
Comment développer l’agriculture biologique pour ne pas avoir à faire à un nouveau scandale comme celui de la pollution au chlordécone ?
Comment faire de l’Outre-Mer dans son ensemble, et non pas seulement de la Réunion, un exemple de production énergétique durable ?

L’Outre-Mer est donc particulièrement concerné par les mesures présentées dans le projet de loi Grenelle de l’Environnement, à tel point qu’il a même fait l’objet d’un article particulier
(art.49).

Les intentions proclamées dans cet article commencent bien, en voulant faire du développement durable de l’Outre-Mer la priorité de la politique ultramarine de l’Etat. Mieux : le projet de
loi propose que nous soyions « fer de lance » en la matière dans les zones géographiques auxquelles l’Outre-Mer appartient.

Malheureusement, les objectifs listés dans la suite de l’article ne sont que des orientations, sans aucun engagement contraignant, et sans aucun objectif chiffré :

autonomie énergétique : je suppose qu’on entend par là que l’Outre-Mer produira son énergie de manière totalement autonome, donc de fait en renouvelables, avec un objectif
intermédiaire de 50% en 2020.
Cet objectif, qui omet a priori les consommations liées au transport, est de pure forme, car si on prend ne serait-ce que les départements Antilles-Guyane, la consommation électrique annuelle est
toujours en progression notable, et plus rapide que celle des capacités de production en énergies renouvelables.

– gestion des déchets : on ne peut être plus elliptique, d’autant plus quand l’on connaît l’état actuel du traitement des déchets en Outre-Mer, et notamment en Guadeloupe.

protection de la biodiversité. L’inclusion des plantes médicinales ultra-marines dans la pharmacopée française est une excellente chose. Tout le reste va dans le bon sens, mais
la protection de la biodiversité doit faire partie intégrante de toute démarche publique, et non pas seulement l’objet de mesures spécifiques. Par ex, la préservation des récifs
coralliens dépend beaucoup à la qualité des eaux côtières, le plus souvent malmenées par les rejets en mer d’eaux usées non traitées.

gestion des activités extractives : malheureusement aucune activité extractive ne peut être gérée de manière durable, puisqu’elle est amenée par définition à prendre fin un
jour ou l’autre. En plus, les conséquences sur l’environnement immédiat du lieu d’extraction est le plus souvent catastrophique pour le milieu naturel.
Quant à l’aspect économique de ces activités, l’essentiel des retombées se fait au profit des entreprises extractrices et non des territoires ni des habitants. C’est le cas pour l’or de Guyane,
c’est le cas pour le nickel de Nouvelle-Calédonie. Encore, si l’extraction avait lieu de manière localisée géographiquement, on pourrait envisager une activité bien encadrée par les
pouvoirs publics. Dans les cas ci-dessus, ce n’est pas le cas : la Guyane va être exploitée de manière disséminée sur une grande partie de son territoire, conduisant à un mitage : la
Nouvelle-Calédonie, avec les gisements actuellement en activité, plus celui de Koniambo et celui de Goro, va être exploitée dans sa quasi totalité des ressources, entrainant une détérioration
conséquente de l’environnement.

environnement et santé. Le bon état écologique des eaux est quasiment improbable pour 2015, date fixée par la loi. Le SDAGE Guadeloupe pour ne citer que lui précise d’emblée
qu’il ne pourra pas être atteint en 2015 comme demandé. C’est sans doute pourquoi aucune date précise n’est mentionnée dans le présent texte. Quant à l’engagement sans délai d’un programme pour
rémedier à la pollution des sols par les substances dangereuses, telles le chlordécone, tout le monde sait que pour le moment nous n’avons aucune solution technique à notre disposition pour ce
faire…

L’Etat en présentant cet article montre la volonté qu’il a de vouloir avancer dans cette direction, même si on ne connaît pas le rythme avec lequel nous allons nous y engager. Il est bon de noter
toutefois que l’ensemble de ces objectifs relèvent de compétences dévolues aux collectivités locales, dont la bonne volonté sera indispensable pour appliquer ou non cette loi, puisqu’elle
n’est pas contraignante
.
Et à regarder de plus près les choix politiques qui sont  effectués d’ores et déjà par ces dernières, hormis par la Réunion sur le plan énergétique, ceux qui ont la fibre écologique
ont de quoi se faire du souci.