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Chlordecone : à quel Saint se vouer ?

Communiqué de presse du 2 novembre 2005

Chlordécone : à quel saint se vouer ?

L’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (A.F.S.S.A.), dans un communiqué publié le 11 Octobre 2005, propose les limites maximales autorisées de chlordécone dans les aliments consommés couramment dans les Départements Français d’Amérique.

Le premier seuil est de 50 micro-grammes par kilogramme d’aliment (ug/kg). Désormais, la présence de plus de 50 millième de gramme de chlordécone dans 1000 grammes de produit frais devient préoccupante. Quatre d’entre eux se consomment massivement localement : le poulet, la carotte, la tomate et le concombre. Les autres sont susceptibles d’être fortement contaminés : la dachine, la patate douce, l’igname et le melon.

La seconde limite de 200 ug/kg concerne tous les autres aliments. Ce niveau maximum permet d’éviter le dépassement du seuil de toxicité aiguë. Mais il semble peu réaliste : qui, aux Antilles, a la charge d’effectuer les contrôles sanitaires sur d’autres produits que les légumes racines ?

Cette publication, se veut rassurante pour le public martiniquais et guadeloupéen.
En réalité, elle ne réussit qu’à embrouiller un peu plus, encore, la perception déjà diffuse, du risque lié au chlordécone.

Pendant des années, l’utilisation du chlordécone a été tolérée. La dangerosité de cette substance était pourtant connue. Suite à la mission d’information parlementaire qui a rendu son rapport en juin dernier, des mesures de précaution drastiques sont appliquées, notamment l’incinération de tout légume racine contenant du chlordécone. Aujourd’hui, on relève sérieusement les seuils de contamination « acceptables » dans l’alimentation.

Les recommandations de l’AFSSA se basent sur une étude. Elle a pour but premier de mesurer le niveau d’exposition actuel de la population au chlordécone. Qu’en est-il ?
En zone contaminée par le chlordécone, entre 10% et 20% des adultes, et près de 30% des enfants sont soumis à une exposition quotidienne au produit supérieure au seuil de toxicité chronique.
Même en mettant de côté les nombreuses incertitudes inhérentes à l’étude (notamment l’absence de données pertinentes), l’autorisation de consommer des produits contenant jusqu’à 50ug/kg de chlordécone est pour le moins surprenante.
Depuis des années, la population des Antilles absorbe des quantités supérieures au seuil de toxicité chronique.
Désormais, la question n’est plus de proposer des mesures qui permettent d’éviter de dépasser ce seuil. Il importe maintenant de mettre en place les dispositions nécessaires pour que l’exposition soit la plus faible possible.

Aussi, devant cette situation, non pas alarmante mais très préoccupante, CAP 21 invite tout un chacun à adopter un comportement de précaution simple. Il importe :
– d’éviter la consommation de légumes-racines provenant de zones contaminées
– de supprimer la consommation d’eau du robinet pour les enfants.

Par ailleurs, CAP 21 demande aux autorités compétentes  :
– d’effectuer des mesures de toxicité plus précises sur d’autres catégories d’aliments : œufs, lait, volailles, poissons gras ;
– de continuer à fixer des seuils restrictifs de consommation des légumes-racines tant que les résultats des études épidémiologiques en cours ne sont pas publiés. Des études relatives à l’imprégnation des populations par le chlordécone devraient permettre d’apprécier les risques encourus pour les quantités déjà absorbées. Cette démarche validerait les seuils de toxicité chronique en les précisant ;
– d’analyser de manière spécifique les effets de la chlordécone sur la santé de l’enfant

En outre, CAP 21 souhaite que la publication de ces premiers seuils de toxicité ne dédouanent pas les autorités responsables de l’agriculture et de la santé de mettre en place une démarche volontariste dans trois domaines fondamentaux : (1) la dépollution des sols, (2) le traitement des eaux et (3) le soutien effectif de la filière agricole.
Seules ces actions, indispensables et urgentes sont à même de résoudre le problème dans le long terme et de rassurer la population.

Contact  : Benoit Chauvin – Tél / fax : 05.90.27.17.60