La Guyane peine à lutter contre l’épidémie de dengue
Docteur Djossou, responsable du fantomatique service de maladies infectieuses au centre hospitalier de Cayenne." En se présentant ainsi au ministre de la santé, Xavier Bertrand, en visite éclair en Guyane, jeudi 20 avril, Félix Djossou a voulu rappeler le dénuement de son service.
Près de cinq mois après le début de l’épidémie de dengue, son unité de soins se réduit toujours à une peau de chagrin : six lits sans climatisation, un seul médecin à son côté, des infirmières prélevées sur les autres services, pour s’occuper des patients atteints de la dengue, du paludisme et autres maladies infectieuses présentes dans cette région équatoriale.
"Nous avons parfois jusqu’à 20 malades, explique le médecin. On les disperse alors dans d’autres services", avec les risques de contamination que cela implique. Depuis fin novembre 2005, on a recensé 1 152 cas de dengue en Guyane, 73 hospitalisations, et 11 cas de la forme hémorragique de la maladie.
Depuis le 3 mars, trois enfants, de 7 mois à 6 ans, sont morts de formes sévères de la dengue, une maladie véhiculée par le moustique Aedes aegypti.
"On accueille trois à quatre enfants par jour pour la dengue, on manque de lits et de place", s’inquiète Chantal Villeneuve, responsable du service de pédiatrie de l’hôpital. Le personnel n’est pas non plus assez nombreux pour assurer le suivi et la qualité des soins des jeunes patients. Jeudi 13 avril, "il y avait une infirmière pour vingt-trois enfants", témoigne un cadre hospitalier.
Le lendemain, un enfant de 4 ans est mort d’une dengue hémorragique, après une nuit passée au service pédiatrie. "Aucune chambre n’est climatisée, il y a des moustiques", raconte son père. Samedi 15 avril, l’hôpital instaurait un accès prioritaire aux urgences pour les enfants suspectés de dengue…, quatre mois après les premiers cas graves enregistrés.
"Nous n’avons pas en Guyane de moyens suffisamment précis pour savoir combien de personnes sont touchées, où ces personnes vivent et dans quelles conditions elles sont touchées", expliquait le 31 mars à Cayenne Gilles Brucker, directeur de l’Institut de veille sanitaire.
Proportionnellement trois fois moins nombreux en Guyane que dans l’Hexagone, les 64 médecins généralistes sont débordés. Pour prendre la mesure de l’épidémie, les autorités sanitaires ont mis sur pied un réseau sentinelle de 20 médecins, opérationnel depuis quinze jours.
Venu sur place faire un "état des lieux" le 6 mars, Xavier Bertrand était donc de nouveau en Guyane, jeudi 20 avril, pour annoncer 4,2 millions d’euros de moyens supplémentaires.
A la clé, "l’amélioration de l’offre de soins hospitaliers" avec notamment la création d’un véritable service des maladies infectieuses à l’hôpital de Cayenne, l’envoi de 5 000 nouveaux tests rapides pour la dengue, un renfort ponctuel de dix médecins, le renforcement des moyens du service départemental de démoustication pour lutter sept jours sur sept, ou encore la distribution de moustiquaires pour les moins de 15 ans.
"Je souhaite que l’on accélère au maximum les choses, sur la prévention, la prise en charge et la recherche", a déclaré le ministre de la santé, avant de redécoller pour Paris.