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Le ballet ministériel continue

Après Dominique Bussereau il y a quelques semaines qui en avait profité pour faire maintes promesses, dont on mesure déjà le degré de déception parmi les agriculteurs, après Christian Estrosi la semaine dernière, qui en a profité pour annoncer la probable acceptation de la demande de la Gadeloupe en tant que pôle de compétitivité (en matière de construction, de solaire et de biodiversité), c’est cette semaine au tour de MAM de venir rendre visite aux habitants des Antilles.

Certes, MAM a l’avantage de ne pas proposer de nouveaux crédits ni de nouveaux projets : elle vient uniquement rendre visite à ses troupes et aux représentants locaux de l’UMP ou partis proches de l’UMP. Certes, cela faisait également très longtemps qu’un ministre de la défense ne s’était pas déplacé aux Antilles, et nous pouvons lui en savoir gré.

Pour autant, cette visite n’est évidement pas dénuée de tout intérêt électoral, Michèle Alliot-Marie cherchant toujours à apparaître comme une alternative à la candidature de Nicolas Sarkozy, et elle aura alors bien besoin des voix ultra-marines.

Je vous invite à consulter l’article du Monde du 30 août 2006, retranscris ci-dessous : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-807276@51-801093,0.html

Admettant des "divergences" avec M. Sarkozy, Mme Alliot-Marie défend un programme gaulliste

"Vous êtes le numéro un, au moins au niveau des femmes" : le petit mot de bienvenue de Miguel Laventure, président des Forces martiniquaises de progrès (proche de l’UMP) fait sourire Michèle Alliot-Marie. Dimanche 27 août, à Fort-de-France, 200 personnes sont venues écouter la ministre de la défense lors d’un voyage de quatre jours, du 26 au 29 août, dans les Antilles et en Guyane.

Les militants sont contents, ils la voient même "chef des armées" – prérogative du président de la République – et jugent qu’elle est une ministre "exceptionnelle". Tout en restant pour l’instant acquis à Nicolas Sarkozy.

Elle aura serré beaucoup de mains, prononcé trois discours par jour ; navigué en Zodiac, assisté à cinq ou six démonstrations militaires spectaculaires ; déposé des gerbes et dévoilé des plaques. Le tailleur est impeccable, la mèche en place et le brin de raideur qui la caractérise toujours au rendez-vous.

Après quoi court-elle, l’ancienne présidente du RPR ? Elle se hâte lentement vers la présidentielle, "sans rien exclure". "Aujourd’hui, rien n’est joué. En deux mois, des situations se transforment totalement. Surtout en ce qui concerne les hommes", confie-t-elle dans l’avion qui l’emmène sur l’île de Saint-Martin. La veille, reçue par la sénatrice (UMP) de Basse-Terre, Lucette Michaux-Chevry, elle jugeait que "si l’élection avait lieu aujourd’hui, Nicolas Sarkozy serait probablement le mieux placé". Mais elle avait ajouté : "Nous verrons ce qu’il en sera au début de l’année prochaine."

"MAM", populaire dans l’armée comme rarement le fut un ministre de la défense, sortie presque indemne des turbulences du Clemenceau et de l’affaire Clearstream, est disposée à défendre ses idées héritées du gaullisme. Pas question de céder aux sirènes du sarkozysme, aussi populaires soient-elles à droite. Le ministre – cela la fait sourire que Jacques Chirac dise "la" – a un sac de reproches à adresser au président de l’UMP : d’être trop proaméricain et pas assez intéressé par l’international, d’avoir la vue courte sur l’immigration et un bilan mitigé en ce qui concerne la sécurité, de faire la part trop belle aux libéraux à l’UMP et aux tenants du communautarisme dans la société. Et de vouloir toujours réduire le budget de la défense.

"On discute avec Nicolas. Je lui ai dit de ne pas venir sur mon terrain ministériel. Je crois qu’il a compris", lâche Mme Alliot-Marie, qui admet qu’il y a entre eux "des divergences sur le fond et sur la stratégie".

Quant à la stratégie, pour faire gagner la droite en 2007, elle s’interroge. "Ce qu’il faut, c’est que la campagne de premier tour ne crée pas de dégâts irréparables", dit la ministre, qui, en 1995, s’était illustrée sous le surnom de la "passerelle", avec le souci de ne pas couper tous les ponts entre chiraquiens et balladuriens.

Au fond, est-ce si mauvais d’avoir deux candidats à droite ? Ce fut le cas en 1995 et "Jacques Chirac a été élu. On n’a presque pas parlé de Jospin". Elle juge contre-productif de se déclarer trop tôt candidat quand on est membre de la majorité : "Si vous ne l’êtes pas, ce que vous faites est porté à votre crédit." Mais si vous l’êtes, on vous accusera de démagogie.

"MAM" a beaucoup parlé à la première personne, pendant quatre jours, mais elle a aussi pris soin de marquer sa fidélité à Jacques Chirac. Une autre différence avec M. Sarkozy. De là, à se lancer dans la bataille, il y a un pas qu’elle est loin d’avoir franchi.

Béatrice Gurrey