Non classé

Suite de la visite de Bussereau

Les agriculteurs, pêcheurs et même les hommes politiques de tout bord ont été, d’après RFO TV, ravis de la visite de notre Ministre.
Certes il ne peuvent que l’être car quand Ministre écoute et promet que voulez-vous lui reprocher ? Reste uniquement à attendre et réfléchir à l’appicabilité ou non des promesses effectuées, qui risquent une fois de plus de n’engager que ceux qui les ont reçues. D’autant qu’à moins d’un an des présidentielles, même si aucune réforme d’envergure n’est envisageable, la multiplication des petits gestes est toujours bienvenue pour se traduire dans les urnes.
Qu’a-t-il d’ailleurs attendu si longtemps avant de rendre visite à nos producteurs d’Outre-Mer ?

Petit tour d’horizon de la visite de Dominique Bussereau :

– Filières Banane et Canne-Rhum :
Le ministre n’a fait que re-évoquer les dispositions déjà prises dans ce secteur lors de la renégociation des accords dans le cadre de l’OMC, et des mesures de promotion de la banane antillaise en Europe.

– Elevage :
Sur la question de la baisse des aides aux éleveurs, accordées sur la base du cheptel de 2003 alors que ce dernier a beaucoup crû entre temps, le Ministre a promis que la quasi-totalité (99%) de la différence serait versée par l’Etat. De quoi rassurer nos éleveurs, même si c’était la moindre des choses à faire que de tenir ses engagements passés.
Concernant la lutte contre l’abattage clandestin, le ministre demande au préfet de réfléchir à la création d’un second abattoir. Mais on en est normalement plus qu’au stade de la réflexion. Cela devient même urgent de (re)créer ce second abattoir, en Basse-Terre, pour éviter aux éleveurs un trajet aller-retour au moule, long et coûteux.

– Pêche :
Le constat dressé par le Ministre rejoint celui de la profession, représentée par Jean-Claude Yoyotte, profession qui souffre de trois "maux" :
. un système de commercialisation peu structuré
. un coût de l’essence prohibitif
. des aides européennes peu adaptées aux besoins locaux
Ce à quoi le ministre de l’Agriculture et de la Pêche a promis de favoriser la modernisation de la motorisation de la flotille locale, les invitant et promettant d’aider les pêcheurs à passer d’une motorisation essence à une motorisation diesel.
Beaucoup de promesses en fait auxquelles les responsables de la filière pêche ont envie de croire.
Remarquons toutefois au passage que passer en motorisation diesel permettra de diminuer le coût de l’énergie mais ne changera rien ou presque aux émissions de CO2 et aux effets sur l’environnement. Quant à la possibilité de passer au biocarburant local, comme le suggère le ministre, il ne faut pas oublier que le biocarburant produit à partir de canne à sucre est de l’éthanol, donc substituable à l’essence et non à du gazole. Sachant aussi que même si toutes les capacités de production actuelles de biocarburant à partir de bagasse étaient utilisées, elles ne représenteraient que 5% de la consommation globale du département, on voit bien que cette solution, certes utile, ne répondra pas à elle seule au problème énergétique.

– Fruits et légumes :
Le ministre a visité l’installation des Maraîchers du Levant, à Saint-François, en les présentant comme l’exemple de la diversification et de la mise en valeur de la culture vivrière.
Là encore, cela a été l’occasion pour les producteurs, notamment de melons, de réclamer des mesures d’aide concernant le transport aérien, réclamation à laquelle M.Bussereau a promis de répondre en s’engageant à prendre contact avec les principales compagnies aériennes.
Les producteurs ont encore crû à ces promesses, qui pour cette fois paraissent difficelement tenables, à si ce n’est à court-terme. Jusqu’en 2007 pour sûr, ce qui est largement suffisant pour notre ministre UMP… En effet, on voit mal comment une compagnie aérienne accepterait de ne pas répercuter sur ses tarifs de frêt la hausse des coûts du pétrole. Or ceux-ci augmentent inexorablement. Même si l’avion retourne à vide plutôt que plein de melons, le poids de ces melons nécessite un surcroît de consommation d’énergie. Tant que le coût payé par les producteurs de melons dépasse ce surcroît, le transport aura lieu, sinon, il en sera fini de l’exportation de melons.
Il est probable que le Ministre puisse obtenir une réduction, légère, du coût payé, mais la hausse reprendra dès que le pétrole montera, soit très prochainement. Il est possible aussi pour le Ministre de présenter des aides spécifiques dans le budget 2007 de son ministère. Mais dans ce cas, comment justifier qu’on aide les exportations de melons d’une main et qu’on diminue les aides au transport de livres de l’autre ? Les efforts budgétaires doivent porter sur tout le monde ou sur personne…

Par ailleurs, la priorité en matière de production vivrière n’est pas tant l’exportation vers la Métropole que l’amélioration des circuits de distribution locaux, pour aboutir à un développement agricole durable, gage d’une vie correcte pour les professionnels du secteur et respectueux de l’environnement et de la santé des antillais : moins de transports, moins de pesticides et d’engrais utilisés, meilleure tracabilité sanitaire,…

Gageons que la création d’un Marché d’Intérêt Régional permettrait déjà d’aller davantage dans ce sens, mais là par contre cela ne faisait pas partie des promesses de notre Ministre.