Nickel Chrome
Article paru dans Le Monde daté du 2 mai 2006, dans lequel le rôle des défenseurs de l’écologie Kanak est clairement mentionné :
Le nickel n’a pas failli à sa réputation de métal aux prix très volatils et se donne ces jours-ci des airs de pétrole : son cours a tracé un pic de + 25 % en trois semaines, comme s’il était affecté lui aussi par les tensions avec l’Iran !
Parti d’environ 16 000 dollars la tonne, début avril, il culminait à 20 270 dollars, mercredi 26 avril (record absolu), pour redescendre à 19 365 dollars, vendredi.
Cet accès de fièvre est peu compréhensible. D’accord, le nickel est indispensable pour les aciers inox, les accumulateurs électriques, les écrans cathodiques ou la pièce américaine de 5 cents. Mais ce n’est pas parce qu’il entre dans les superalliages résistant aux très hautes températures des réacteurs d’avions qu’il mérite d’être qualifié de stratégique.
Et il n’y a aucun risque de pénurie. Certes, les stocks mondiaux ne sont pas élevés et représentent neuf ou dix semaines de consommation, mais, en 2005, la production (1,280 million de tonnes) a dépassé la consommation (1,250 million). Et, même si l’année en cours s’annonce un peu moins excédentaire, il n’y a pas de risque.
Mais il y a les investisseurs, toujours à l’affût d’un ascenseur pour les plus-values. Et il ne leur a pas échappé que le groupe Inco négociait avec ses mineurs et que les exigences de ceux-ci pouvaient déboucher sur une grève, comme il y a trois ans. Donc sur une pénurie temporaire.
Les investisseurs ont aussi noté que le projet de mine néo-calédonienne d’Inco se heurtait aux écologistes kanak, et que sa production aurait du mal à débuter comme prévu, en 2007.
D’où ces prix "anormalement élevés en raison de l’arrivée de fonds qui ont massivement investi le tout petit marché que nous sommes", reconnaît François Sauvage, directeur commercial Nickel du groupe français Eramet. "Nous allons connaître une troisième année de résultats exceptionnels, commente-t-il. Nous n’avions jamais connu un cycle aussi long."
Le russe Norilsk Nickel et les canadiens Falconbridge et Inco sont à pareille fête, mais on ne pariera pas sur la durée de cette jolie "bulle".
