Koniambo, Goro et actionnariat populaire : les propositions de Pierre Frogier
Informations publiées sur les Nouvelles Calédoniennes – sept 2006.
Seule la SLN peut reprendre le projet du Nord dans une perspective de rééquilibrage ; le capital des usines doit s’ouvrir à l’actionnariat populaire et coutumier ; et les bénéfices de la fiscalité nickel doivent être gérés sur le long terme : ce sont les trois propositions faites hier par Pierre Frogier, président du Rassemblement.
Il en a « marre du politiquement correct » : le député Pierre Frogier n’a pas mâché ses mots, hier, pour évoquer les dossiers nickel à la veille de son départ pour la Métropole et la session extraordinaire de l’Assemblée nationale consacrée à la fusion GDF/Suez et à la politique française au Liban.
L’usine du Nord, d’abord. « Rien n’avance. Dang et Néaoutyine nous baladent, a-t-il affirmé. Le rachat de Falconbridge fait peser de sérieux doutes sur la réalisation d’une usine qui n’est viable ni industriellement, ni techniquement, ni économiquement. »
Pour Pierre Frogier, le projet est « confisqué » depuis quinze ans par la SMSP, « qui n’a pas avancé d’un pouce dans cette réalisation capitale ».
Cette société « mythique », loin de porter les intérêts de la population du Nord, n’est selon lui que « l’outil d’un homme d’affaires et d’un clan politique ». L’UC d’abord, puis l’UNI-FLNKS, parti qui « interdit l’initiative privée » et mène « une politique marxiste qui vise à collectiviser la richesse et les outils de production ».
L’Etat et un industriel français
Sur ce double constat, Pierre Frogier a fait, hier, une double proposition.
D’abord que le projet du Nord soit repris par la SLN, parce que les multinationales n’ont que faire de nos problèmes et que « seul un industriel français, imprégné des réalités calédoniennes, peut comprendre les nécessités de rééquilibrage et de développement économique de la Nouvelle-Calédonie, deux impératifs inscrits dans les accords politiques de Matignon et de Nouméa. » Et parce que les compétences sont éclatées dans notre système institutionnel, parce qu’il y a « déperdition d’autorité et d’énergie », Pierre Frogier estime que c’est à l’Etat de « reprendre la coordination » du dossier et « d’aider à la réalisation de l’usine sans se contenter d’annoncer la hauteur d’une défiscalisation ».
Actionnariat populaire et coutumier
Le projet à bâtir, propose encore le député, doit s’appuyer sur l’adhésion de la population, via l’ouverture de son capital à un actionnariat populaire d’un côté, et coutumier de l’autre, fondé sur la reconnaissance d’une sorte de lien au sous-sol comme il existe un lien à la terre. Cela permettrait, estime Pierre Frogier, « de mettre fin aux revendications et aux surenchères désordonnées des organisations politico-coutumières et pseudo-écologistes qui réclament des royalties ou s’opposent par des actions violentes ». Comme pour le Méridien d’Oro ou la ferme aquacole de Webuihoone, cela permettrait de « mieux répondre aux attentes des populations mélanésiennes et considérant l’apport du foncier comme un élément du capital. »
Certes, admet-il, parler de lien au sous-sol peut générer des abus. Mais il ne s’agit, en l’état, que d’une « réflexion, une piste qui demande à être discutée et approfondie avec les Vieux des conseils de districts ».
Au Sud aussi
C’est cette même piste que Pierre Frogier suggère d’explorer pour l’usine du Sud, « qui se construit dans la difficulté et sous la menace et le chantage ».
Puisque le capital de Goro Nickel a été ouvert par la Province sud aux Provinces Nord et Iles, mais que le Nord a « dit non » à la réciprocité d’une telle pratique pour le projet Koniambo, le patron du Rassemblement suggère que les Provinces nord et îles « rendent leurs billes » et « cèdent leurs parts à de petits actionnaires privés et aux clans du Sud. » On verra ainsi, a-t-il indiqué, « si les Calédoniens, qui ont de l’épargne, croient dans leur pays et dans la métallurgie du nickel. »
Henri Lepot