Non classé

Les éleveurs manquent de terres

Cet article est symptomatique de ce qui se passe aussi en Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion.

Article paru dans Les Nouvelles Calédoniennes, le 17 nov 2007.

La terre agricole et utilisée comme telle se réduit comme peau de chagrin. En cause, l’urbanisation galopante et la spéculation foncière. Le Syndicat des éleveurs bovins de Nouvelle-Calédonie qui se réunit en assemblée générale ce samedi, à Poya, en appelle au choix de société.

«C’est un choix de société. Ou la Calédonie veut des lotissements de Nouméa à Koumac, ou elle choisit de protéger l’espace rural et elle donne les moyens au monde agricole pour le préserver et l’entretenir. » Qu’on ne s’y trompe pas. Guy Monvoisin n’est pas un homme en colère. Le président du Syndicat des éleveurs de Nouvelle-Calédonie est simplement lucide sur l’évolution de la société calédonienne. « Nous tous, propriétaires terriens, nous sommes assis sur des capitaux énormes. Il faut avoir la vocation pour résister à la tentation de vendre. La vocation ou un véritable soutien financier des instances politiques. »

En quelques années, la terre agricole a littéralement fondu comme neige au soleil. Comme le résume si bien un éleveur de Koné, « un éleveur, aujourd’hui, n’a même plus les moyens de louer ou d’acheter de la terre puisque la terre agricole est au même prix que la terre à bâtir et un jeune qui sort aujourd’hui avec un BTA ou un BTS n’a aucune chance de s’installer sauf à être fils d’éleveur qui a gardé la terre du grand-père ».

Plusieurs phénomènes expliquent cette mutation. A commencer par le vieillissement des exploitants qui, faute de retraite, finissent par vendre leurs terres pour assurer leurs arrières. Et puis, il y a bien sûr l’urbanisation. Celle destinée à loger les gens et celle, beaucoup plus insidieuse, qui ne sert à rien sinon à occuper l’espace. « De plus en plus, on voit arriver des gens de la ville avec des moyens financiers importants qui achètent seulement pour leurs loisirs personnels, confirme Guy Monvoisin. Les prix s’affolent et au final, on se retrouve avec des centaines d’hectares laissés à l’abandon où les cerfs prolifèrent en toute impunité et viennent manger les pâturages du mec qui exploite. »

S’ajoute à l’évolution des mentalités, la concrétisation des grands projets miniers. « Ce que j’espère, c’est que la mine va accompagner le développement de l’agriculture, confie Guy Monvoisin sans vraiment y croire. Le problème, en Calédonie, c’est que la mine a plutôt tendance à la tuer. » Pour les éleveurs, la balle est dans le camp des élus. « Ils doivent inciter les gens à faire du développement rural et protéger l’espace agricole en limitant son utilisation aux activités agricoles. »

En filigranes, c’est le problème de l’autosuffisance alimentaire de la Nouvelle-Calédonie qui se trouve posé. « Bientôt, on ne produira plus rien sur place, explique un éleveur. Avec les conséquences que cela sous-entend en termes de social. Jusqu’à maintenant, en Calédonie, quelqu’un qui ne travaillait pas pouvait ramener à manger et à boire sur la table de ses enfants. Mais quand il n’y aura plus d’endroit où chasser, plus de poisson, plus d’endroit où faire pousser ses légumes, que se passera-t-il ? » Surtout, comme le conclut Guy Monvoisin, « un pays qui ne se satisfait pas sur le plan alimentaire prend des risques ». Les éleveurs bovins ont mis longtemps à se remettre en cause. Aujourd’hui, ils ont le mérite de poser les questions qui fâchent. De là à être entendus…