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L’orpaillage clandestin mine les débuts du parc de Guyane

L’orpaillage clandestin mine les débuts du parc de Guyane
Article paru dans le Monde du 6 mars 2007
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3228,36-878945@51-879077,0.html

Antoine Karam, le secrétaire général du Parti socialiste guyanais, est plutôt amer : "L’Etat a voulu passer en force". Le 28 février, le décret de création du Parc amazonien de Guyane est paru au Journal officiel, quinze ans après le lancement du projet par François Mitterrand. Accessible par avion ou par pirogue à partir du littoral, le parc national s’étend sur 34 000 km2 de forêt équatoriale.

 

"Les propositions faites des Amérindiens du haut Maroni au cours de l’enquête publique n’ont pas été prises en compte", regrette Antoine Karam. Afin d’être protégés de l’orpaillage, les Amérindiens Wayanas et Emerillons de Maripasoula avaient réclamé le classement de leurs territoires en "coeur" de parc, une zone à forte protection qui s’étend sur 20 000 km2 et dans laquelle l’orpaillage est interdit.

Une demande rejetée faute "d’arguments de protection écologique suffisants", selon la direction régionale de l’environnement. Les villages amérindiens du haut Maroni restent donc en "aire d’adhésion", où une charte qui devra être signée par les communes "déterminera si l’orpaillage peut-être envisagé et dans quelles conditions", selon la mission pour la création du parc.

"On a bien vu, pendant la préparation du projet les rapports de forces, les intérêts des uns et des autres, notamment des orpailleurs, explique Brigitte Wyngaarde, porte-parole des Verts Guyane. Les Amérindiens sont démunis face à toutes ces pressions et ces menaces."

Le schéma d’aménagement régional "ne permet pas d’orpaillage dans cette zone du haut Maroni", et "la volonté de l’Etat est de ne pas y accorder d’autorisation minière", assure Jean Leduc, le directeur régional de l’environnement.

Mais la zone Waki-Tampok est toujours en proie à l’orpaillage illégal, mené par des clandestins brésiliens peu soucieux de questions d’environnement.

De retour d’une mission d’inventaire de la faune sur la rivière petit Inini, un affluent du Tampok, Benoît de Thoisy, responsable scientifique de l’association Kwata, a constaté "une pression de chasse importante et une raréfaction de la plupart des grandes espèces trouvées communément dans les zones non chassées", avec "très peu d’indices de grands singes, de tapirs, et de grands oiseaux et une quasi absence de loutres".

 

"GRAND PROJET NATIONAL"

 

En 2006, 25 millions d’euros de matériel ont été détruits lors de 112 opérations menées contre les orpailleurs clandestins. "L’objectif est de rendre les chantiers illégaux peu rentables en cassant le matériel et en bloquant les flux de ravitaillement, explique Vincent Berton, directeur de cabinet du préfet. Mais, en raison du cours de l’or élevé, ils reviennent."

"Le parc est une bonne chose, cela va nous apporter des financements et des emplois, se réjouit, pour sa part, Joseph Chanel, le maire de Camopi, à la frontière avec le Brésil. On peut aussi faire de l’orpaillage, mais proprement : cela pourrait occuper la dizaine de jeunes de la commune qui travaillent ou travaillaient avec les clandestins pour le transport de fûts de carburant."

En 2005, le conseil régional et le conseil général avaient émis un avis défavorable au projet de parc, réclamant comme préalable un plan de rattrapage en faveur de l’intérieur guyanais. En août 2006, Christian Estrosi, le secrétaire d’Etat à l’aménagement du territoire, s’est engagé à défendre le classement en "grand projet national" du projet de route entre Saint-Laurent et Maripasoula, lors d’un conseil interministériel à l’aménagement du territoire qui n’a toujours pas eu lieu.

Attendue le 12 mars à Cayenne, Nelly Olin, la ministre de l’écologie et du développement durable, devrait annoncer un "plan d’accompagnement" de la création du parc amazonien.

Laurent Marot