Les Antilles misent sur l’énergie renouvelable
Autre article paru dans Le Figaro, sur les énergies renouvelables aux Antilles :
Les Antilles misent sur l’énergie renouvelable
À la Guadeloupe, les énergies renouvelables ont la part belle. L’île s’y prête particulièrement bien. L’exceptionnel ensoleillement plaide pour les installations photovoltaïques ou les simples chauffe-eau solaires, les alizés soufflent pour l’éolien et les sous-sols volcaniques chauffent pour la géothermie.
Bien sûr, la production d’électricité dépend encore très majoritairement des énergies fossiles : à 84 % du fioul et du charbon. Mais cela laisse une production de 16 % pour le renouvelable. Un score plus flatteur qu’en métropole qui atteint péniblement 14 % alors même que l’Europe fixe un objectif de 21 % d’énergie renouvelable pour 2010.
L’objectif européen ne sera toutefois pas si facile à atteindre. Le nombre des installations consacrées au renouvelable augmentent sans cesse mais, parallèlement, la demande énergétique explose. Si la préfecture projette pour les années à venir une hausse annuelle de la consommation d’électricité de 3,5 % par an (contre à peine 2 % en métropole), celle constatée jusqu’à aujourd’hui dépasse les 5 %. A cela au moins deux raisons : une population qui s’accroît et surtout, qui s’équipe. « Du coup, en Guadeloupe comme en métropole la part du renouvelable patine », constate Michèle Pappalardo, la présidente de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie(Ademe) et EDF se trouve en permanence sur le fil du rasoir : les coupures d’électricité avec des délestages ne sont pas rares.
Centrales thermiques insuffisantes
Les investissements sont donc indispensables. Certes, « à court ou moyen terme, personne ne pense que les seules énergies renouvelables vont résoudre tous les problèmes », reconnaît la présidente de l’Ademe. La préfecture annonce d’ailleurs pour 2009 et 2010 un renforcement de la production de deux des principales centrales thermiques de l’île, celle du Moule qui fonctionne avec du charbon et de la bagasse (fibre de canne à sucre) et la centrale au fioul de Jarry. Mais cela reste un marché extrêmement porteur pour l’avenir, a fortiori quand le prix des matières premières explose. Fabriquer de l’électricité coûte beaucoup plus cher en Guadeloupe : quinze centimes le kWh contre cinq en métropole. Mais, au nom de la continuité territoriale, l’État maintient le même prix de vente à Pointe-à-Pitre et à Paris, grâce à un prélèvement effectué auprès de tous les consommateurs d’énergie. Du coup, les énergies propres sont fortement encouragées. EDF qui est obligé de racheter l’électricité produite par le renouvelable le fait à un tarif encore plus avantageux en Guadeloupe qu’en métropole (respectivement 40 centimes le kWh contre 30 centimes pour le photovoltaïque, onze centimes contre 8,2 pour l’éolien).
Après avoir équipé une grande majorité des maisons isolées de panneaux photovoltaïques leur assurant une autonomie plutôt confortable, les installateurs tels que BP solar ou Tenesol proposent des systèmes mixtes. Les habitations sont reliées au réseau électrique : si elles produisent plus d’énergie qu’elles n’en consomment, EDF la rachète. Ailleurs sur l’île, c’est Aérowatt ou la toute jeune Société éolienne caribéenne qui prospectent pour leur moulin à vent des temps modernes. L’éolien représente 3 % de l’alimentation (0,2 % en métropole) « mais le potentiel est de 15 % », assure Jérôme Billerey, président du directoire d’Aérowatt.
Projet de câbles marins
Reste le plus gros morceau : la centrale géothermique de Bouillante. Une unité unique en France. En certains endroits de l’île, les sous-sols recèlent un mélange d’eau de mer et d’eau douce qui se réchauffe au contact des roches volcaniques, atteignant 250 degrés. De quoi fabriquer de l’électricité. « Avec les deux unités qui existent actuellement nous assurons plus de 8 % des besoins électriques de la Guadeloupe », explique Robert Diethrich, le directeur général de l’entreprise. Une nouvelle unité devrait là aussi voir le jour en 2014 afin de renforcer la capacité énergétique de l’île. Mais l’homme qui partage son temps entre Paris et les îles vise un projet beaucoup plus ambitieux : celui d’exploiter la géothermie dans les sous-sols voisins de la Dominique située à mi-chemin entre la Guadeloupe et la Martinique. L’électricité serait acheminée par des câbles marins reliés aux deux îles des Antilles françaises. Les trois îles, l’Ademe et le BRGM discutent de ce dossier qui pourrait bénéficier de financements européens.
Il y a quelques jours un colloque organisé à la Martinique appelait à faire « de la Caraïbe une zone exemplaire dans la lutte contre le changement climatique ». Les énergies renouvelables promues dans ces îles en sont une des clés d’autant plus salutaires qu’elles croisent des besoins en énergie toujours en hausse sur ces bouts de France posés sur l’océan.
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