PEDMA : participation de Cap21 à lenquête publique
Voici le texte que nous avons adressé au commissaire enquêteur M.Valère MONTOUT, concernant l’enquête publique sur le PEDMA de la Guadeloupe :
Cap21 est le parti politique de Corinne Lepage, très orienté sur les questions d’environnement, dont nous sommes convaincus que ce sera en Outre-Mer et spécifiquement en Guadeloupe la clef de notre avenir.
Nous avons déjà participé à l’enquête sur le CSDU de Sainte-Rose, sur la station d’épuration de Saint-Barthélemy, nous avons relayé la question des déchets pendant la campagne législative du printemps dernier.
Voilà pourquoi nous avons tenu à participer à l’enquête publique sur le PEDMA en cours, qui est à nos yeux la clef de la bonne gestion des déchets sur notre archipel.
Globalement, sur le plan technique, nous n’avons pas grand chose à reprocher au plan proposé, et ce d’autant plus qu’il procède plus à un inventaire des solutions envisageables que ne propose des choix réels. En effet, toutes les solutions sont abordées : valorisation matière, valorisation thermique, mise en décharge,… avec les volumes possibles pour chaque filière. L’ennui dans ce cas est le manque de visibilité du plan, le manque d’orientation. Quelle filière sera privilégiée ? comment le PEDMA pourra-t-il servir de cadre directif, à défaut d’être contraignant, pour les collectivités concernées ? Autrement dit, comment empêcher que l’incinérateur –prévu de très petite taille pour le moment- ne devienne la principale filière de « traitement », rendant du même coup non rentables les autres filières de valorisation ?
Cap21 est satisfait, et nous l’avons dit explicitement dans les medias, que le plan fasse la part belle au recyclage et à la valorisation matière ou biologique. Ce sont les filières qui s’inscrivent dans une logique de développement durable et qui sont créatrices d’emplois.
C’est pour nous la seule voie de traitement qui garantisse une revalorisation intelligente, qui crée un maximum d’emplois, qui permette un traitement décentralisé, donc diminuant le coût et les nuisances liés au transport, et qui surtout responsabilise un maximum les citoyens et leurs élus.
Ce sont ces solutions qui auraient dû être développées depuis longtemps, au moins depuis le PEDMA de 1997, et qui ne l’ont jamais été faute de volonté et de coordination politiques. En aurons-nous davantage dans le cadre du nouveau PEDMA ? rien n’est moins sûr.
Cela étant dit, nous déplorons et nous sommes inquiets que le PEDMA crée en même temps les conditions de mise en place d’un premier incinérateur dans notre département.
Nous sommes tout d’abord inquiets car cela nous semble la pire des solutions sur les plans technique et sanitaire.
L’incinération génère des rejets toxiques dans l’atmosphère (dioxines, métaux lourds,…) notamment des produits cancérigènes.
L’incinération génère des déchets solides qui ne peuvent qu’en faible partie être réutilisés (mâchefers, à condition de disposer de la demande correspondante) et qui de toute façon ne peuvent être stockés qu’en CSDU de classe I ou enterrés en Europe (pour les REFIOM).
Voilà pourquoi nous sommes opposés à la création d’un incinérateur en Guadeloupe, quel qu’en soit le volume, et donc son inscription au sein du PEDMA.
Par ailleurs, annoncer dès maintenant la création d’un incinérateur va aboutir à tuer dans l’œuf l’ensemble des autres filières.
En effet, une fois l’incinérateur créé, il sera d’un point de vue économique nécessaire de l’alimenter à son maximum. Comme par ailleurs il est peu probable que, lorsque les études de dimensionnement de l’incinérateur seront lancées, toutes les communes aient atteint leur niveau maximal de traitement par les filières durables, l’incinérateur sera probablement dimensionné pour 150 000 à 200 000 tonnes, plutôt que pour les 70 000 tonnes prévues. Ce seront donc autant de déchets qui seront soustraits des filières de traitement mécano-biologiques.
De plus, sachant qu’un incinérateur, qui pour la plupart des communes sera situé loin de chez elles, sera prévu, un grand nombre de communes risque de ne pas jouer le jeu d’investir dans des filières durables. Cela ralentira de fait la mise en place desdites filières.
Aussi, s’il fallait coûte que coûte créer un incinérateur, il serait préférable de ne pas l’inscrire dans le PEDMA en cours mais lors de la révision suivante.
Enfin, concernant les centres de stockage de déchets ultimes, nous regrettons et dénonçons le manque d’ambition du PEDMA qui nous est proposé. En effet, aucune date précise ni aucun site de recherche n’est inscrit noir sur blanc pour y créer un nouveau CSDU, ailleurs que celui de Sainte-Rose. Or nous plaidons depuis des mois pour la création d’au moins 3 centres de stockage de déchets « ultimes », au risque sinon d’aboutir à une saturation précoce du site de Sainte-Rose, donc de nous retrouver au pied du mur dans 4-5 ans seulement.
En conclusion, nous trouvons que ce PEDMA est nécessaire, utile dans la mesure où il dresse un état des lieux – quoique peu éloquent- de la situation des déchets en Guadeloupe, intéressant car il dresse des perspectives encourageantes pour les filières de traitement durables des déchets.
Cependant, il manque d’ambition car ne dresse pas de lignes directrices claires, laissant à chacun ensuite la liberté de l’interpréter à son avantage. On dirait qu’il est à l’image de ce que sont les élus qui l’ont engagé : tous les points de vue sont retenus pour ne froisser personne, mais du coup il est fort probable qu’aucun consensus ne se dégage et que rien ne soit fait rapidement.
C’est pourquoi nous réitérons notre refus du PEDMA dans l’état actuel, nous demandons l’annulation de tout ce qui concerne le scénario incinération et nous demandons que des engagements précis soient pris concernant la mise en place de 3 CSDU.