Pourquoi Dean ne change rien à la question du Chlordécone
De nombreux journaux, surtout en Métropole, ont ressorti ou découvert la pollution au chlordécone à l’occasion du cyclone Dean. Fallait-il que l’on envoie des enfin des journalistes sur place pour découvrir de problème de fond ?

Si évidement je me réjouis qu’enfin cette pollution soit relayée dans les medias, je tenais à préciser que le cyclone Dean ne change rien à la situation :
– les sols sont pollués pour des siècles et les planteurs de banane utilisent aujourd’hui bp moins de pesticides qu’il y a 15 ans. Et en aucun cas du chlordécone. Replanter de la banane en lieu et place de bananeraies n’est donc pas génant en soi. Au contraire cela permet de maintenir un secteur d’activité économique, qui même s’il reste sous perfusion, garantit un emploi à une grande partie de la population active agricole.
– il n’existe aujourd’hui aucune solution technique pour "nettoyer les sols" du chlordécone qu’ils contiennent. Laisser reposer le sol est donc une illusion, de ce point de vue en tout cas. Car évidement laisser le sol en jachère quelques temps ou y cultiver autre chose est probablement bénéfique sur le plan agricole. Mais alors qui garantit les revenus aux agriculteurs pour cela ?
– profiter de la situation pour réorienter les productions agricoles vers d’autres cultures est indispensable, nécessaire et un cyclone pourrait être une occasion d’accélerer le processus. Sauf que là encore on ne peut pas changer d’orientation d’un coup d’un seul l’ensemble de la surface agricole utilisée pour la banane. Cela nécessite une formation des agriculteurs, la mise sur pied de filières spécifiques plus structurées, une organisation de l’offre face à la demande locale. Au mieux un cyclone peut anticiper la reconversion d’agriculteurs qui de toute façon l’avaient prévu pour les mois ou années suivantes.
Bien sûr, à Cap21 Outre-Mer nous souhaitons que l’agriculture se diversifie, que nous soyions en mesure de produire davantage de fruits, légumes et viandes pour satisfaire la demande locale tout en garantissant à l’agriculteur un revenu décent. Bien sûr, nous sommes favorables à un essor de l’agriculture biologique, d’une meilleure tracabilité des productions, pour améliorer la santé de nos concitoyens.
Mais malheureusement tout cela ne peut pas se faire d’un claquement de doigt à l’occasion du passage d’un cyclone. Si les acteurs de ces filières n’y ont pas réfléchi en amont, si tout le monde n’est pas volontaire pour une telle réorientation, rien ne pourra se faire. Et c’est là où nous devons mettre l’accent, sur un engagement fort des politiques locaux, sur un appui technique et financier du ministère de l’agriculture, pour que la transition se fasse, et se fasse en douceur.