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Chlordécone : va-t-on enfin se réveiller ?

Suite à une enquête menée en Martinique au Printemps dernier, le professeur Dominique Belpomme vient de rendre public un rapport d’expertise concernant la pollution par les pesticides en Martinique.

Je suis heureux qu’enfin le sujet soit abordé de manière forte en Métropole. Ni nos actions sur le plan politique, ni la publication du livre de Confiant et Boutrin, ni l’attention portée sur nos territoires suite au cyclone Dean n’ont été suffisants pour alerter les plus hautes autorités de l’Etat.
Mais il semble que le rapport Belpomme les fasse déjà réagir. Et tant mieux !

Michel Barnier a réagi positivement, en admettant que la Martinique et la Guadeloupe ont été très contaminées par le chlordécone. Même si cela ne changera sans doute rien sur son action à court terme, notamment sur l’aspect indemnisation des agriculteurs les plus en difficulté, au moins c’est un premier pas de réalisé.

Roselyne Bachelot quant à elle a préféré s’en tenir à la posture habituelle de l’Etat et de ses représentants : l’autruche. En effet, selon elle, le lien entre la pollution au chlordécone et les problèmes de santé des antillais n’est pas avéré. C’est vrai et pour cause : les études menées le sont depuis 2005 seulement et ne sont pas terminées. Et avant cela, l’Etat ni personne d’autre n’avait mené de recherches dans ce sens. Qui ne cherche rien… ne trouve rien.

Or à ce sujet, puisque le Chlordécone est l’un des pesticides organichlorés les plus persistants, et puisque l’on observe des effets sur la santé pour les autres pesticides organochlorés (cancérogènes, perturbations endocriniennes,…), le bon sens et la moindre des précautions voudraient que l’on ne fasse pas comme si le chlordécone n’était pas plus nocif qu’un verre d’eau !

C’est pour cela, éviter que la santé des guadeloupéens et des martiniquais continue d’être impunément mise en cause, que nous avons – CAP21 Outre-Mer – porté plainte dès novembre 2005 contre l’arrêté de l’Etat (les 4 ministères concernés) qui revenait sur le principe de précaution mis en place en 2003 par les préfets martiniquais et guadeloupéen et autorisait de nouveau la commercialisation de denrées contaminées par le chlordécone.
En juin dernier, le Conseil d’Etat a débouté notre requête, non pas en jugeant sur le fond du dossier, mais tout simplement au motif que nous n’avons dans ce domaine, en tant que parti politique, aucun intérêt à agir. Faut-il être contaminé et former un groupe des victimes du chlordécone pour avoir intérêt à agir ? N’est-ce pas la responsabilité de tout citoyen d’alerter les pouvoirs publics sur les risques environnementaux qu’il subit directement ? (voir mes commentaires à ce sujet)

Oui, nous sommes sur la même longueur d’onde que le Pr Belpomme, et comme lui nous affirmons depuis des années que le risque sanitaire est élevé et que les mesures prises sont insuffisantes, sur le plan environnemental, agricole et surtout sanitaire.
Oui, nous n’avons de cesse de rappeler qu’il faut davantage communiquer, et mieux sur cet empoisonnement et la manière d’en minimise les effets.

Oui, nous continuons toujours à demander la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire, pour établir les responsabilités des uns et des autres.

Mais surtout, il est encore plus urgent d’agir sur le terrain pour éviter que la pollution ait des effets dramatiques.
Pour cela, nous demandons :

– à ce que les agriculteurs touchés par cette pollution soient indemnisé à hauteur du préjudice subi et bénéficient de prêts à taux zéro pour pouvoir investir dans la diversification vers d’autres cultures. J’en profite pour le redire en passant, les ravages causés par le cyclone Dean ne changent rien à la situation. Ils ne favorisent ni la diversification, ou si peu. (voir l’article que j’ai rédigé à ce sujte)

– à ce que l’Etat annule l’arrêté du 12 octobre 2005 et applique réellement le principe de précaution

– à ce que l’Etat informe davantage les citoyens sur les risques et les mesures à prendre, et mette en place une tracabilité des filières non contaminées.

Ce n’est pas en fermant les yeux et se bouchant les oreilles que l’on résoudra ce problème, mais en le prennant à bras le corps, et rapidement.

Benoit Chauvin
Cap21 Outre-Mer
Tel 06 90 67 89 44