Banane : à quand la fin de la braderie ?
L’OMC a retoqué la proposition de la Commission Européenne de baisser les droits de douane à l’importation à 187€ /tonne de banane, au lieu de 230€ dans la précédente offre. Les pays latino-américains producteurs de banane, détenteur de 60% des parts de marché de la banane en Europe estiment que cela ne suffit pas à préserver leur part de marché future.
Hier, les Ministres de l’Agriculture et de l’Outre-Mer ont déclaré "apporter la plus grande attention" à la nouvelle proposition de régime tarifaire et surtout aux compensations accordées aux producteurs Antillais. Au-delà de cet aveu d’impuissance à peine masqué, c’est l’avenir de la production bananière qu’il faut envisager, des producteurs européens aussi bien que de celui des producteurs africains et caribéens.
Ces derniers bénéficient d’un quota d’importation exempt de droits de douanes, de façon à leur garantir un accès au marché. La diminution du droit de douane appliqué aux latino-américains va de facto rendre la banane africaine moins attractive pour le consommateur. Cela risque de pénaliser sérieusement l’économie de ces filières dans les pays d’Afrique. L’Union Européenne envisage-t-elle des mesures de soutien à ces productions, par exemple en aidant structurellement ces pays à améliorer ces filières.
Pour les producteurs des Antilles et des Canaries, la situation est identique. La question n’est plus celle de quotas, mais celle du coût de revient, impossible à aligner sur celui des pays latino-américains, quel que soit le prix du droit de douane qui sera adopté.
Le seul moyen d’agir est de promouvoir la qualité de la production antillaise, ce qui est déjà engagé dans la campagne publicitaire en cours, de profiter du tourisme européen dans les régions ultra-périphériques pour les sensibiliser à la qualité des bananes produites et l’importance de préserver cette filière. La sortie peut également se faire "par le haut", en promouvant le goût d’autres catégories de bananes, d’autres usages, en développant une culture respectueuse de l’environnement. Il s’agit de voir plus loin que la crise actuelle, de la surmonter, de façon à préserver au moins l’existence de cette culture dans nos régions.
Cela ne dispense bien sûr pas de mettre en place un mécanisme d’accompagnement des producteurs concernés par ces évolutions.
A toute chose malheur est bon, la publicité faite autour de la pollution de sols martiniquais et guadeloupéens par l’usage de chlordécone devrait attirer le consommateur sur l’importance d’une production respectueuse de son environnement. Cela est loin d’être nécessairement le cas pour les productions latino-américaines, qui s’engagent à leur tour dans une pollution locale certaine. Est-ce que le consommateur continuera longtemps de cautionner cela en achetant une banane "un peu moins chère" ? Faudra-t-il attendre de nombreuses années pour qu’une prise de conscience se fasse dans les pays producteurs ?