Convention UMP sur l’Outre-Mer : qu’en est-il réellement du projet de l’UMP pour l’Outre-Mer ?
L’équipe Outre-Mer de Cap21 n’est pas déçue par les résultats de la Convention Outre-Mer de l’UMP, non pas parce que son contenu répond à nos attentes, loin de là, mais tout simplement parce qu’on n’en attendait rien de nouveau.
En effet, cette convention de l’UMP s’est averée n’être qu’une opération de communication de plus pour mettre en avant le président de l’UMP, sans véritable rupture sur le fond et sur les idées avec la politique menée actuellement.
L’UMP dresse un certain nombre de constats "bateaux" sur l’Outre-Mer, dont un qui nous va droit au coeur : « l’environnement est une richesse majeure du territoire ultra-marin » et « fait face à d’importantes menaces, le plus souvent liées aux activités humaines » (p7), notamment en Guyane.
Les constats effectués et l’angle sous lesquels ils sont mis en avant sont néanmoins clairs quant à l’orientation que l’UMP veut donner à sa politique pour l’Outre-Mer, et ne sont pas exempts de risques. Ils méritent pour le moins un véritable débat :
– remise en question des obligations de service public des compagnies aériennes (p52)
– mise sur la sellette des transferts sociaux vers l’Outre-Mer (p47)
Quant aux propositions concrètes, on en relève quelques-unes, parmi lesquelles les plus marquantes sont :
– la création de zones franches économiques, pour les secteurs les plus porteurs et les plus exposés à la concurrence. Cette mesure semble peu porteuse d’effets sur ces secteurs, car s’ils sont déjà en concurrence avec les autres pays de leurs régions, les écarts de prix sont tels et les taux d’imposition actuels déjà relativement bas que cela ne changerait en rien la donne actuelle. Le seul intérêt pourrait être une réduction du temps passé aux formalités administratives, ce qui est peu.
– la création d’un Conseil Interministériel de l’Outre-Mer, placé sous l’autorité du Président de la République, chargé de faire le bilan régulier de la marche vers l’égalité des chances des français d’Outre-Mer. L’impact d’une telle mesure nous semble bien maigre et nous privilégions la nécessité de renforcer le rôle du Ministre de l’Outre-Mer, pour en faire un véritable coordinateur et centralisateur de toutes les politiques menées en Outre-Mer, qu’elles lui soient spécifique ou non.
– Soutien supplémentaire au transport aérien, en échange d’une réduction des obligations de service public qui sont imposées aux compagnies actuelles. Il faut toutefois souligner que différentes mesures de soutien au transport de nos concitoyens ultra-marins existent d’ores et déjà pour assurer la continuité territoriale et qu’elles incitent déjà à voyager en période creuse, que la concurrence existe sur ces destinations et est viable, comme le montre la desserte régulière de la compagnie Air Caraïbes avec les Antilles, et qu’enfin, même s’il est judicieux de favoriser autant que faire se peut le transport en périodes creuses, nombre d’habitants d’Outre-Mer restent contraints par les dates des vacances scolaires. L’idée avancée par l’UMP n’est donc ni nouvelle, ni d’un grand potentiel.
Au global, derrière le rideau de fumée médiatique de cette convention, si on creuse un peu les idées avancées, on constate l’absence de rupture du projet UMP avec l’état actuel des choses, et par conséquent l’absence d’ambition de l’UMP pour ces territoires. On peut donc légitimement douter de l’intérêt de porter au pouvoir son représentant en 2007, si ce n’est de se satisfaire de la situation actuelle et de risquer de voir remises en question et au mieux égratignées quelques-unes des politiques qui ont permis le développement de nos territoires : sur-rémunération des fonctionnaires, permanence de la continuité territoriale,…
Si elle souhaitait réellement contribuer au développement économique des Outre-Mer, plutôt que d’annoncer des mesures qui n’engagent que ceux qui les reçoivent, l’UMP ferait mieux de commencer par inviter ses élus à régler en temps et en heure les commandes publiques réalisées auprès des entreprises locales, qui pénalisent et leur trésorerie et leur pérennité.
Au-delà de ça, dans le domaine qui intéresse au premier chef Cap21 et dont l’UMP reconnaît noir sur blanc la grande valeur pour l’Outre-Mer – l’environnement – on dénote une forte contradiction entre d’une part la volonté affichée de le préserver et d’autre part, la réalité de l’action du gouvernement depuis plusieurs années et les positions affichées par Nicolas Sarkozy. Quel toupet faut-il avoir pour à la fois défendre la préservation de la forêt primaire guyanaise ou de la biodiversité calédonienne et en même temps être favorable à des projets d’exploitations minières comme ceux de Cambior ou de Goro, irrespectueux au possible de l’environnement et des populations locales ?
Pour les questions de santé également, l’UMP omet de constater le manque d’action sur le terrain du gouvernement auquel son premier représentant a joué un rôle éminent depuis plusieurs années : la baisse des moyens affectés à la prophylaxie a contribué à l’essor de la crise du Chicungunya, le gouvernement français a autorisé en octobre 2005 la consommation de produits contenant du chlordécone,…
Enfin, l’UMP n’évoquent que du bout des lèvres les questions énergétiques et d’agriculture vivrière, qui à notre avis sont au cœur d’un véritable développement durable de l’Outre-Mer.
Pour toutes ces raisons, nous espérons que les françaises et les français d’Outre-Mer ou amoureux de l’Outre-Mer ne seront pas dupes de la réalité du projet UMP lorsqu’il s’agira de mettre leur bulletin dans l’urne l’an prochain.