Corinne Lepage s’impose et rassemble autour d’une écologie humaniste
Cet article d’Yves Heuillard
publié dans DDmagazine, reprend les grandes lignes du discours prononcé par Corinne Lepage à Strasbourg.
« Cette nouvelle voie que nous devons tracer ensemble est celle, vous l’avez compris, d’un écologisme humaniste, qui doit nous conduire à une maison commune à la porte de laquelle nous devons
laisser nos idées préconçues sur le monde comme sur nous-mêmes ». C’est un vibrant plaidoyer pour une ère nouvelle, écologique, sociale et démocratique, un nouveau modèle de développement de
l’humanité, rien de moins, qu’a prononcé hier soir, Corinne Lepage à Strasbourg.
Corinne Lepage l’avait annoncé, elle soutiendrait la liste Europe Ecologie en Alsace. Ancienne ministre de l’Environnement, fondatrice et présidente du parti écologiste Cap21, co-fondatrice et
vice-présidente du Mouvement démocrate, députée au Parlement européen, son discours dépasse très largement celui d’un soutien politique, c’est un véritable discours fondateur. Du coup, l’accuser de
soutenir une liste politique contre son camp devient vain. La force du propos de Corinne Lepage a une portée qui va bien au-delà d’un soutien politique, elle n’est venue à Strasbourg que pour
soutenir ses convictions, leur trouver une caisse de résonance qu’un parti sans coffre ne peut (ou ne veut) lui offrir.
D’accord ou pas avec Corinne Lepage, là n’est pas le propos, indéniablement, elle exprime une ambition, son verbe détonne de la cuisine politicienne dont les français sont affligés, elle pose les
bonnes questions, dénonce les vrais problèmes, offre des perspectives d’une dimension nouvelle, redonne à la politique hauteur et dignité. Nous ne résistons pas à vous livrer ici quelques morceaux
choisis. Le discours complet peut être téléchargé ici.
Nouveau modèle de développement, droits de l’humain non négociables
« Je suis ici pour soutenir une nouvelle voie, écologique, car la rareté des ressources et le croisement de l’explosion démographique et des crises écologiques imposent un nouveau modèle de
développement. La disponibilité des ressources commande l’économie, et non l’inverse. L’écologie est notre socle commun, la somme des règles auxquelles l’économie doit se plier…
…une nouvelle voie humaniste, surtout, car les valeurs des droits de l’humain sont non négociables. Le culte de l’argent est en passe de détruire non seulement notre modèle social mais encore
notre système de valeurs lui-même, donnant la prime à l’arnaque, à la frime et à l’avidité, sur ce qui fait l’essence même de l’être humain Humaniste, parce que nous ne saurions accepter que
l’égoïsme et l’apparence l’emportent sur la solidarité, le savoir et la justice ».
La gestion de la pénurié par les lobbies ou le partage équitable des richesses ?
« Nous sommes en effet, au-delà des réalités physiques de la planète, confrontés à une offensive sans précédent et généralisée des lobbies qui veulent mettre définitivement la main sur le monde et
s’arroger le droit de se partager les richesses naturelles et de gérer la pénurie :
– lobby du pétrole, qui veut dissimuler l’arrivée rapide du peak oil en finançant le climato-scepticisme ;
– lobby nucléaire, qui veut vendre des centrales aux pays du sud qui bénéficient de l’énergie solaire qui pourtant ne manque pas ! Et cet EPR dont une étude récente soulève les risques spécifiques
apparemment courus en toute connaissance de cause ;
– lobby chimique avec les OGM qui sont relancés en Europe contre la volonté des peuples et les pesticides qui viennent de faire l’objet d’un soutien public de Nicolas Sarkozy ;
– et surtout, lobby financier, le plus dangereux et le plus puissant, qui après avoir obtenu le secours des Etats, donc des contribuables, spécule aujourd’hui pour les ruiner. Ils se sont enrichis
sur les dettes privés et les subprimes. Ils reviennent aujourd’hui jouer avec les dettes publiques pour parties contractées pour eux !
Voilà pourquoi la Grèce doit pouvoir compter, dans cette crise, sur la solidarité européenne. Nous savons que demain l’eau sera plus rare, l’énergie plus chère. Que voulez vous ? La gestion de la
pénurie par ces lobbies, ou le partage équitable des richesses ? ».
Les grandes lignes d’un projet économique global
« Il n’est pas possible d’entrer dans le détail d’un projet économique global, mais celui-ci est connu dans ses grandes lignes :
– Nouvelle comptabilité dont le Québec et le Luxembourg viennent de se doter
– Nouvelle fiscalité qui pénalise l’usage et le gaspillage des ressources collectives et répartisse la ressource afin d’assurer une justice sociale. Cette fiscalité doit assurer une juste
répartition de l’impôt, tant pour les personnes physiques, avec la création de nouvelles tranches pour les plus hauts revenus, que pour les entreprises. Elle doit mettre un terme au scandale qui
fait que la moyenne de l’IS pour les entreprises du CAC 40 est à 8% quand elle est à 30% pour les PME.
– Abandon des subventions à la pollution, qui alimentent directement ou indirectement les multinationales, pour cibler l’effort collectif dans la recherche et l’innovation des PME, qui créent
l’emploi en France
– Réindustrialisation à partir de l’économie verte, ce qui implique la décentralisation énergétique et l’abandon, pour des raisons économiques et financières de la prime au nucléaire
– Régulation du système financier en commençant par ce qui peut être fait au niveau national sur les rémunérations des traders, mais aussi sur le management des entreprises, et en continuant avec
un effort sur la régulation internationale et l’encadrement très strict, voire plus, des ventes à découvert.
– Un effort en faveur de la consommation durable et équitable pour assurer une alimentation de base saine et loacle ; un effort en faveur de l’accès aux services publics qui disparaissent
progressivement font l’objet d’une entreprise systématique de démantèlement de la part du gouvernement.
– Le véritable essor de l’économie coopérative, mutualiste, sociale et solidaire qui représente aujourd’hui 10% du PIB et devrait doubler. C’est là aussi un vrai projet démocrate : faire entrer
dans le monde économique la démocratie et permettre à celles et ceux qui créent de la richesse de pouvoir décider en lieu et place de quelques hedge fund cachés dans ces paradis fiscaux qui n’ont
pas même tremblé des rodomontades si vite oubliées.
Impossible ? Mais que s’est-il passé hier en Islande ? Ce peuple a dénoncé, par 93% les dysfonctionnements du système et nous impose de réfléchir à la démocratie économique. »