La Grande peur d’INCO

La bataille autour du nickel reste ouverte et Inco cherche l’aide du nouveau gouvernement canadien pour se protéger des menaces des rapaces étrangers.
Au Canada, les investissements étrangers représentent une des forces économiques du pays, et il suffit de jeter un coup d’oeil à la Bourse de Toronto pour comprendre qu’elle est devenue la place dominante des actions de compagnies minières attirant les milliards de dollars offshore destinés à l’exploitation pétrolière de la province d’Alberta. Ceux qui auront vu le reportage tv diffusé par RFO-NC se souviendront du monstre en train de naître à Calgary.
Quand le gouvernement canadien et les patrons font l’article sur le miracle économique canadien sur les étals des marchés internationaux, c’est pour attirer les capitaux étrangers.
Mais l’appetit du Suisse Xstrata PLC, déjà constaté pour fondre sur Falconbridge, inquiète plus d’un canadien.
Inco attend, avec une certaine anxiété, la décision des autorités étatsuniennes et européennes l’autorisant à acquérir Falconbridge pour 12,8 milliards de dollars US, et devenir le plus grand producteur de nickel au monde.
Le seul obstacle à la suprématie d’Inco sur le marché mondial reste Xstrata et son actionnaire principal Glencore, compagnie suisse fondée par un "raider" spécialiste des matières premières Marc Rich. Xstrata possède déjà 20% de Falconbridge, racheté à Brookefield Asset Management, ex Brascan, et ne s’est guère cachée de vouloir faire une offre supérieure à celle d’Inco pour posséder la totalité de Falconbridge. Mick Davis, le PDg d’Xstrata, déclarait dernièrement que Falconbridge représentait "une valeur potentielle" pour sa compagnie.
Depuis, les spéculations vont bon train sur l’autre stratégie d’Xstrata qui consiste à attendre que le mariage Inco-Falconbridge soit consommé et faire une offre d’achat sur la nouvelle entité.
Et chacun de se demander si le gouvernement Harper va continuer à garder les ressources naturelles offertes à l’appétit des investissements étrangers ou bloquer les accès de Xstrata à Inco pour protéger le premier mineur canadien.
En tout cas Inco espère que le gouvernement fédéral ne va pas rester les bras croisés, et les dirigeants du géant canadien font, sans trop faire de bruit, des allés-retours sur Ottawa, pour obtenir du gouvernement Harper la mise en place de mesures de contrôle plus sévères sur les investisseurs étrangers, notamment sur leur comportement vis-à-vis des travailleurs et des syndicats.
Les allégations de mauvais comportement du géant suisse comprennent les habitudes d’arrêt de chantier imposés par Xstrata lorsque les revendications des travailleurs déplaisent à la compagnie et ses pratiques antisyndicales. Son actionnaire principal, Glencore, est aussi dénoncé comme ayant violé les résolutions des Nations Unies organisant le programme pétrole contre nourriture pour l’Irak. Ici, en KNC, il semble bien y avoir aussi des habitudes d’arrêt de chantier et de violation de résolutions des Nations Unies.
Chez Inco, beaucoup espèrent que le Canada prendra des mesures devant protéger les "biens nationaux" comme les Etats-Unis d’Amérique ont pu prendre contre la menace du rachat par des investisseurs arabes des compagnies gestionnaires des ports de l’Est étatsunien ou encore la tentative de rachat par les compagnies chinoises d’Etat de compagnies pétrolières US et qui avaient des vues sur le Canada aussi.
"Nous devons nous assurer que – particulièrement dans le cas d’exploitation des ressources non-renouvelables – nous ne soyons pas, bon gré mal gré, en train de dilapider nos ressources naturelles sans veiller à ce que cela rapporte les parts de bénéfices qui reviennent à notre pays." a déclaré David Emerson, ministre du commerce du Canada.
Toute comparaison avec le comportement d’Inco – Goro-Nickel et l’exploitation des ressources naturelles de Kanaky – Nouvelle-Calédonie est encouragée.
Sarimin J. Boengkih
avec Barrie McKenna à Washington
et Jamie Kneen à Ottawa