Cancer de l’amiante: la liste des morts inquiète en Nouvelle-Calédonie
Dépêche Yahoo-AFP 25 mai 2005
NOUMEA (AFP) – Le taux de victimes de l’amiante environnemental en Nouvelle-Calédonie, très supérieur à celui de la métropole, inquiète cette collectivité d’Outre-mer et va faire l’objet d’une nouvelle expertise.
Selon l’Institut Pasteur, 68 personnes, âgées de 31 à 81 ans, sont mortes d’un mésothéliome, le cancer dû à l’amiante, en Nouvelle-Calédonie entre 1984 et 2002, soit un taux dix fois supérieur à celui de la métropole.
Depuis une étude de l’Inserm en 1994, l’origine de ces cancers était uniquement attribuée à l’utilisation d’une roche amiantifère, la trémolite, par les Mélanésiens pour enduire leurs cases.
La trémolite, dont l’enduit dérivé est appelé Pö en langage vernaculaire, est la forme la plus dangereuse d’amiante. Des taux de concentration de fibres d’amiante importants, parfois 400 fois supérieurs aux normes de santé publique métropolitaine, sont observés dans les cases et sur les pistes.
En 2002, un plan d’éradication de la trémolite a été lancé. Il concerne un millier de personnes exposées et environ 700 cases dans les tribus mélanésiennes. D’un montant de 17 millions d’euros, il prévoit la destruction des habitats à risque, la construction de nouveaux logements et une surveillance médicale.
Persuadé que le Pö n’est pas l’unique responsable des mésothéliomes en Calédonie, un ingénieur géologue, André Fabre, a relancé le dossier l’an dernier et accuse notamment la serpentinite, roche mère du nickel qui appartient à l’une des deux familles d’amiante à l’état naturel.
Selon lui, « il y a une omerta en Nouvelle-Calédonie sur cette question à cause des enjeux de l’industrie du nickel ».
Dans une nouvelle étude, Francine Baumann, responsable du registre des cancers à l’Institut Pasteur, a mis en évidence l’absence de lien systématique entre la présence de cases enduites de Pö et les cas de mésothéliome.
« C’est à Houaïlou, un village de la côte est de 4.700 habitants, qu’on recense un tiers des victimes du mésothéliome, soit 20 morts entre 1984 et 2002. Un taux proportionnellement 250 fois supérieur à la moyenne mondiale alors qu’il n’y a qu’une soixantaine de cases enduites de Pö », souligne-t-elle.
Bien qu’il y ait une mine de nickel à proximité de Houaïlou, comme dans d’autres endroits de l’île, le personnel minier n’est pas, d’une manière générale, particulièrement touché par le mésothéliome, qui affecte autant de femmes que d’hommes.
Prenant en compte ces données, le ministère de l’Outre-Mer vient de débloquer 15.000 euros pour financer une expertise dans cette zone, confiée à des scientifiques de l’Institut Pasteur, de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et du Bureau de recherche géologique et minière (BRGM).
« On va étudier l’environnement des 20 personnes qui sont décédées. Où elles ont grandi, où elles sont allées à l’école, où elles ont travaillé », explique Bernard Robineau, géologue à l’IRD.
La serpentinite n’est présente que de manière occasionnelle sur les massifs de nickel et est cent fois moins nocive que la trémolite, souligne-t-il. Il suspecte cependant d’autres roches trémolitiques, très dangereuses, et présentes dans le nord de la Calédonie et le long de la chaîne centrale de montagnes.